Baccarat 2026 : au cœur de l’aérocombat français
Pendant près de trois semaines, le quart sud-est de la France s’est transformé en immense terrain d’entraînement pour l’aérocombat. Environ 1 200 militaires, 30 hélicoptères, 30 drones et une centaine de véhicules ont participé à Baccarat 2026, un exercice destiné à confronter les équipages de l’ALAT à un scénario de haute intensité face à un adversaire à parité. Parmi les nombreuses séquences de l’exercice, celle observée sur l’aérodrome de Valréas-Visan illustre parfaitement une réalité souvent invisible : pour combattre loin de leurs bases, les hélicoptères doivent aussi pouvoir se ravitailler au plus près de la zone d’action.
Baccarat, un exercice majeur de l’aérocombat
Organisé par la 4e brigade d’aérocombat, Baccarat constitue l’un des principaux rendez-vous annuels de préparation opérationnelle de l’ALAT. L’édition 2026 s’est déroulée dans un vaste secteur du sud-est de la France, de l’Aveyron jusqu’aux Alpes-Maritimes. Les forces ont notamment utilisé plusieurs camps militaires mais aussi des aérodromes civils transformés temporairement en points d’appui.
Cette dispersion est volontaire. Dans un conflit de haute intensité, les hélicoptères ne peuvent pas compter uniquement sur leurs bases habituelles. Ils doivent pouvoir se déplacer, se poser, se ravitailler et repartir depuis des terrains parfois sommaires ou inhabituels. Baccarat cherche ainsi à entraîner les équipages à agir dans la profondeur, parfois jusqu’à 150 kilomètres en avant du dispositif ami, tout en conservant une capacité de manœuvre et de soutien permanente.

Une trentaine d’hélicoptères au cœur de la manœuvre
La 4e BAC engageait environ trente hélicoptères, répartis entre deux grandes familles. Une quinzaine de machines de manœuvre et d’assaut, principalement des NH90 Caïman et des Cougar, assuraient le transport des troupes et du matériel. Face à eux, une quinzaine d’hélicoptères de reconnaissance et d’attaque, composés de Tigre et de Gazelle, apportaient reconnaissance, escorte, protection et puissance de feu. Ce fonctionnement en couple est au cœur de l’aérocombat français.
Le Caïman transporte les hommes et le matériel au plus près de l’action. Le Tigre assure la protection et peut intervenir directement contre les menaces. La Gazelle conserve quant à elle certaines capacités de reconnaissance, d’appui et de protection malgré son âge. L’ensemble fonctionne comme un système unique, auquel viennent désormais s’ajouter les drones et les moyens de renseignement.
​​​​​​​Le scénario de Baccarat 2026 cherche à se rapprocher des conditions d’un conflit de haute intensité : les forces françaises doivent reprendre le contrôle d’un territoire allié occupé par un adversaire disposant de capacités militaires comparables. Les équipages doivent donc composer avec la menace aérienne, les défenses antiaériennes, le renseignement et la nécessité de limiter leur exposition.
Pour les hélicoptères, cela signifie voler bas, utiliser le relief et la végétation, multiplier les points d’appui et éviter autant que possible les longues périodes passées au même endroit. C’est précisément dans ce contexte que le ravitaillement avancé prend toute son importance.

Le Tigre, fer de lance de l’attaque
Le Tigre reste l’un des principaux outils de la 4e BAC : bimoteur conçu pour la reconnaissance et l’attaque, il peut assurer des missions d’escorte, de reconnaissance armée, d’appui aux troupes au sol ou de destruction de cibles. Son canon de 30 mm, ses roquettes de 68 mm et ses missiles air-sol ou air-air lui permettent d’intervenir contre différents types de menaces. L’appareil peut également emporter des réservoirs supplémentaires afin d’augmenter son endurance. Mais même le Tigre doit régulièrement retourner chercher du carburant, et lorsqu’il opère loin de sa base, ce carburant doit pouvoir venir à lui.

Le Caïman, bien plus qu’un transporteur
Le NH90 Caïman est principalement destiné au transport tactique et à l’héliportage. Il peut transporter jusqu’à une vingtaine de soldats ou environ 2,5 tonnes de matériel et dispose d’une autonomie pouvant atteindre plusieurs heures selon sa configuration.
Mais le Caïman peut également devenir un véritable outil logistique, et c’est l’une des particularités les plus intéressantes de l’aérocombat moderne : un hélicoptère normalement chargé de transporter des combattants peut temporairement être transformé en vecteur de ravitaillement. C’est précisément ce que l’on pouvait observer à Valréas-Visan dans le Vaucluse. 
L’aérodrome civil avait été intégré au dispositif de Baccarat et faisait partie des secteurs réglementés temporairement pour permettre les évolutions des hélicoptères. Au coucher du soleil, plusieurs machines se sont retrouvées sur le terrain : deux Tigres, trois NH90 Caïman et une Gazelle. Mais cette fois, les hélicoptères n’étaient pas là pour une démonstration : ils étaient là pour reprendre du carburant.
Quand un NH90 devient un camion-citerne volant
Le principe est particulièrement intéressant.
Le NH90 peut embarquer dans sa soute un réservoir souple de carburant, accompagné du matériel nécessaire à l’avitaillement. Le Service de l’énergie opérationnelle explique que ses équipes peuvent embarquer dans des NH90 avec un réservoir souple, un groupe motopompe et les différents équipements nécessaires à la création d’un FARP, ou Forward Arming and Refuelling Point. Une fois arrivé sur une position avancée, le dispositif peut être rapidement installé et permettre aux hélicoptères de combat de refaire le plein sans retourner jusqu’à leur base.
Les réservoirs souples utilisés par le Service de l’énergie opérationnelle existent notamment en capacités de 1 000 et 1 900 litres et sont spécifiquement conçus pour être transportés par voie aérienne afin de créer des points d’avitaillement avancés. Sur la séquence photographiée à Valréas, le principe était particulièrement visible : deux Caïman étaient associés à la séquence de ravitaillement, tandis que les Tigre venaient successivement reprendre du carburant. Le dispositif observé sur les images montre le réservoir et les équipements installés dans la soute du Caïman, avec les lignes de distribution amenées de part et d’autre de l’appareil jusqu’aux hélicoptères à ravitailler. Le Caïman devient alors, pour quelques minutes, un véritable FARP volant.

Une capacité pensée pour aller vite
L'intérêt d'un tel système est évident : installer un FARP sur une base fixe peut prendre du temps et nécessite une importante logistique. Transporter directement le carburant et les équipements par hélicoptère permet au contraire de rapprocher le point de ravitaillement des appareils engagés.
Le ministère des Armées indique que les équipes spécialisées peuvent mettre en place un FARP en environ quinze minutes. L'objectif est de réduire au maximum le temps passé sur la position avancée, car un hélicoptère posé et immobile constitue une cible beaucoup plus vulnérable qu'une machine en mouvement. Le ravitaillement peut même être réalisé avec les moteurs et les rotors en fonctionnement, une capacité régulièrement entraînée par les équipes du Service de l'énergie opérationnelle.
C'est ce qui permet de conserver le rythme de la manœuvre : un Tigre arrive, se pose, reprend du carburant et repart. Pendant ce temps, un autre appareil peut être pris en charge. Le point d'appui ne devient jamais une véritable base : il n'est qu'une étape temporaire permettant aux hélicoptères de prolonger leur action.

La Gazelle, protectrice du dispositif
La présence d'une Gazelle autour de cette séquence est particulièrement intéressante : un point de ravitaillement avancé représente une vulnérabilité évidente. Pendant quelques instants, plusieurs hélicoptères sont regroupés au même endroit et certains sont immobilisés. Dans une situation de combat, cette concentration doit donc être protégée. La Gazelle conserve justement des capacités de reconnaissance et d'appui qui peuvent être employées dans ce type de dispositif.
Elle n'est pas simplement une vieille machine accompagnant les nouveaux Tigre et Caïman : elle participe à la protection de la manœuvre.

Une mécanique logistique invisible
Cette séquence rappelle une réalité souvent oubliée lorsque l'on regarde un exercice aéronautique : Un hélicoptère de combat ne peut pas simplement décoller, voler pendant des heures et rentrer à sa base. Chaque mission dépend d'une chaîne logistique : Le carburant doit être acheminé, les points de ravitaillement doivent être protégés, les équipages doivent être guidés au sol, les appareils doivent être inspectés avant de repartir, et tout cela doit suivre le rythme des unités engagées.
Dans les exercices récents de l'ALAT, le Service de l'énergie opérationnelle travaille justement sur ces FARP mobiles et sur des boucles logistiques pouvant s'étendre sur plusieurs centaines de kilomètres. Lors de l'exercice Antares en 2025, par exemple, 220 m³ de carburant avaient été délivrés et 290 avitaillements réalisés.

Une brigade qui apprend à combattre loin de ses bases
Baccarat 2026 rassemble également des drones, des véhicules blindés et des unités terrestres afin de reproduire une véritable manœuvre interarmes. Des forces britanniques et espagnoles participent également à certaines phases, renforçant l'interopérabilité recherchée par la 4e BAC.
Les hélicoptères ne constituent donc qu'un élément d'un dispositif beaucoup plus vaste : Le Tigre doit pouvoir protéger, le Caïman doit pouvoir transporter, les drones doivent renseigner et les forces terrestres doivent exploiter les informations et les effets obtenus. Et derrière tout cela, la chaîne logistique doit permettre à la totalité du dispositif de continuer à avancer.
À Valréas, cette réalité prenait une forme particulièrement photogénique. La lumière chaude du coucher de soleil éclairait les deux Tigre posés sur le terrain, tandis que les Caïman assuraient leur ravitaillement. Un peu plus loin, la Gazelle surveillait le dispositif. La scène semblait presque calme. Pourtant, quelques minutes auparavant, ces appareils évoluaient dans le cadre d'un exercice simulant une guerre de haute intensité. Et quelques minutes après leur départ, ils allaient pouvoir reprendre leur mission.
C'est finalement ce que Baccarat cherche à démontrer : l'aérocombat ne repose pas uniquement sur la puissance de feu des hélicoptères. Il repose sur leur capacité à se déplacer, combattre, se ravitailler et repartir, parfois très loin de leurs bases.

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