Egypt Airshow 2026 : l’Égypte, carrefour des puissances aériennes
Du 8 au 10 septembre 2026, l’aéroport international d’El-Alamein s’est transformé en vitrine mondiale de l’aéronautique et de la défense. Pour sa deuxième édition, l’Egypt International Airshow a surtout offert une image saisissante de la position stratégique du Caire : des avions américains engagés dans les opérations au Moyen-Orient côtoyaient des Rafale français, des Su-57 russes et, pour la première fois hors de Chine, une véritable composante opérationnelle de l’Armée populaire de libération chinoise.
El-Alamein, nouvelle vitrine de l’aéronautique mondiale
Lancé en 2024, l’El-Alamein International Airshow – également appelé Egypt International Airshow – entend rapidement s’imposer comme l’un des grands rendez-vous aéronautiques du continent africain et du Moyen-Orient. Organisé à l’aéroport international d’El-Alamein, sur la côte méditerranéenne, le salon est soutenu par le ministère égyptien de la Défense, l’Armée de l’air égyptienne, le ministère de l’Aviation civile, l’Agence spatiale égyptienne et EgyptAir. L’organisation bénéficie également d’un opérateur événementiel dédié, Arabian World Events. Egypt Air Show 2026
Pour cette deuxième édition, l’ambition était clairement affichée : faire d’El-Alamein une plateforme de rencontre entre industriels, forces armées, autorités gouvernementales et opérateurs aériens. Plus de 250 exposants issus de plus de 50 pays étaient annoncés, tandis que l’US Air Forces Central évoquait plus de 80 pays participants et plus de 50 aéronefs exposés. Ahram Online
Mais au-delà des chiffres, c’est surtout la nature des participants qui a donné au salon son caractère particulier. Rarement un même parking aura réuni autant de systèmes issus de pays dont les intérêts stratégiques peuvent être radicalement différents.
L’Égypte a ainsi accueilli simultanément les États-Unis, la France, la Russie, la Chine, la Turquie, l’Inde, l’Espagne, les Émirats arabes unis ou encore l’Arabie saoudite.
Et au milieu de cette compétition internationale, l’Armée de l’air égyptienne occupait une place centrale.
Les États-Unis : des appareils directement liés au contexte régional
La présence américaine fut l’un des premiers marqueurs forts de cette édition 2026.
Washington avait déployé à El-Alamein une combinaison particulièrement intéressante : C-130H, C-130J Super Hercules, F-16C, F-15E Strike Eagle et A-10C Thunderbolt II. Le dispositif réunissait ainsi transport tactique, chasse multirôle, attaque et appui aérien rapproché.
Cette présence prenait une dimension supplémentaire dans le contexte du conflit opposant alors les États-Unis et l’Iran. Plusieurs des appareils exposés étaient engagés dans la zone de responsabilité du CENTCOM, et la présence américaine ne ressemblait donc pas uniquement à celle d'un constructeur venu présenter ses produits : elle mettait en avant des avions provenant d’une force réellement engagée dans les opérations régionales.
Le contraste était particulièrement saisissant autour de l’A-10C. Conçu autour de son imposant canon GAU-8/A de 30 mm, le Thunderbolt II reste spécialisé dans l’appui des forces terrestres et la lutte contre les cibles au sol. À ses côtés, le F-15E Strike Eagle représentait une philosophie radicalement différente : bimoteur lourd, longue portée, grande capacité d’emport et conçu pour mener aussi bien des missions de supériorité aérienne que de frappe profonde. Le F-16 complétait ce trio avec un appareil beaucoup plus léger et polyvalent.
Le message était finalement assez clair : Washington ne présentait pas seulement des avions, mais une architecture complète de puissance aérienne. Et surtout, cette présence américaine rappelait la place particulière qu’occupe l’Égypte dans le dispositif régional américain. Depuis plusieurs décennies, les forces égyptiennes s’entraînent avec leurs homologues américaines et utilisent massivement du matériel américain. Le salon a ainsi constitué une nouvelle occasion de renforcer cette interopérabilité.
La Chine arrive en force
Mais le véritable événement du salon se trouvait peut-être quelques mètres plus loin : Après avoir participé à l’exercice Eagles of Civilization 2026 avec l’Armée de l’air égyptienne, l’Armée populaire de libération chinoise avait décidé de prolonger sa présence en Égypte jusqu’au salon, et pas avec un simple avion de transport.
La Chine a présenté à El-Alamein quatre types d’aéronefs opérationnels qui effectuaient tous leur première apparition dans un salon aéronautique à l’étranger : le J-16, le KJ-500, le YY-20A et le Z-20. Le dispositif était particulièrement intéressant parce qu’il ne s’agissait pas de quatre avions choisis au hasard. Il représentait presque une petite chaîne de combat aérien complète :
J-16 → KJ-500 → YY-20A → Z-20 : Un chasseur pour combattre et frapper, un avion de détection et de commandement, un ravitailleur pour prolonger son rayon d’action et enfin un hélicoptère de transport.
J-16 : le lourd chasseur de frappe chinois
Dérivé de la famille Su-27/Su-30 mais profondément sinisé, le Shenyang J-16 est un chasseur-bombardier biplace et bimoteur.
Son rôle est particulièrement large : supériorité aérienne, attaque au sol, frappe à longue distance et emploi de missiles air-air modernes. Avec son radar à antenne active et sa capacité à emporter des missiles à longue portée comme le PL-15, il constitue l’un des principaux appareils de frappe et de combat du PLAAF. Sa présence en Égypte avait donc une portée particulière.
Il s’agissait de la première fois que le J-16 était présenté dans un salon aéronautique hors de Chine. Quelques semaines auparavant, l’appareil avait également effectué sa première apparition opérationnelle connue en Afrique dans le cadre d’Eagles of Civilization. Plus intéressant encore : durant cet exercice, les J-16 chinois avaient été confrontés aux Rafale et MiG-29M/M2 égyptiens dans des entraînements au combat aérien.
KJ-500 : les yeux du dispositif
Plus discret que le spectaculaire J-16, le KJ-500 était pourtant probablement l’un des appareils les plus importants de la délégation chinoise. Basé sur la cellule du Y-9, cet avion de détection et de commandement aéroporté – l’équivalent chinois d’un AWACS – est reconnaissable à son imposant radôme fixe installé au-dessus du fuselage. Celui-ci abrite trois antennes AESA permettant d’assurer une couverture à 360 degrés. Son rôle n’est pas d’entrer directement dans le combat. Il est là pour voir avant les autres, suivre les aéronefs, coordonner les chasseurs et construire une image tactique du champ de bataille.
Sa présence à El-Alamein était donc particulièrement symbolique : pour la première fois, la Chine montrait à l’étranger non seulement son chasseur, mais également l’un des systèmes permettant de le commander efficacement.
Autre appareil particulièrement rare : le Xi’an YY-20A.
Dérivé du gros avion de transport Y-20, le YY-20A est la version ravitailleur destinée à fournir du carburant en vol aux avions de combat. Son intérêt est évident : un chasseur comme le J-16 peut voir son rayon d’action et son endurance considérablement augmenter grâce au ravitaillement en vol.
Lors d’Eagles of Civilization, la capacité chinoise avait même franchi un symbole supplémentaire puisque le YY-20A avait ravitaillé un Rafale égyptien en vol, illustrant concrètement la capacité des deux forces à travailler ensemble malgré leurs équipements provenant de filières industrielles différentes.
La Chine ne présentait donc pas uniquement un avion, elle présentait une capacité de projection.
Z-20 : le Black Hawk chinois
Dernier membre du quatuor : le Harbin Z-20.
Hélicoptère de transport et de manœuvre de classe moyenne, il est souvent rapproché du UH-60 Black Hawk américain, dont il reprend une architecture générale comparable tout en étant développé autour des besoins chinois.
À El-Alamein, sa présence était particulièrement intéressante car elle démontrait que la Chine cherchait également à exporter son savoir-faire dans le domaine des voilures tournantes.
Avec le J-16, le KJ-500 et le YY-20A, le Z-20 complétait donc une représentation chinoise beaucoup plus ambitieuse que celle observée lors de la première édition du salon.
Le Su-57E, star du ciel égyptien
La vedette de Rosoboronexport était évidemment le Sukhoi Su-57E, version destinée à l’exportation du chasseur de cinquième génération russe. Et cette fois, le Su-57 n’était pas simplement posé sur le parking, il volait.
Lors de ses démonstrations, l’appareil a largement exploité ses capacités de manœuvrabilité, avec notamment des figures à très forte incidence et des évolutions spectaculaires rendues possibles par ses commandes de vol et sa poussée vectorielle. Le constructeur russe profitait également du salon pour présenter une gamme particulièrement large d'armements.
Le Su-57E était notamment associé à des missiles air-air et air-sol, tandis que les systèmes S-71M et S-71K, présentés publiquement pour la première fois, ont attiré une attention particulière. Ces armes se situent à la frontière entre missile de croisière et drone d’attaque. L’objectif russe était évident : présenter l’appareil comme un système d’armes complet, plutôt que comme un simple chasseur.
Pour Moscou, l’Égypte représente en outre un marché particulièrement intéressant. Le Su-57E a déjà obtenu un premier client export avec l’Algérie, et la Russie cherche désormais à utiliser cette vitrine pour convaincre d’autres pays.
Des ventes, mais surtout beaucoup de compétition
C’est ici qu’il faut faire attention : contrairement à ce que certains premiers comptes rendus ont pu laisser entendre, l’Egypt Airshow 2026 n’a pas donné lieu à une avalanche de nouveaux contrats militaires officiellement annoncés. Le salon a davantage été une immense vitrine commerciale.
L’un des dossiers les plus commentés concernait les 24 Rafale supplémentaires que l’Égypte souhaite potentiellement commander. Le Caire a transmis une demande de proposition à Dassault Aviation, ce qui pourrait porter la flotte égyptienne à 78 appareils, mais il ne s’agissait pas encore d’un contrat définitif signé pendant le salon. Même chose du côté chinois : malgré les rumeurs concernant le J-10C, aucune commande égyptienne de J-10C n’a été officiellement confirmée au salon.
En revanche, le salon a permis de mettre en avant plusieurs programmes déjà engagés : Le cas le plus concret est celui du CH-47F Chinook. Le premier exemplaire d’une commande de 12 appareils a été officiellement présenté à l’Armée de l’air égyptienne durant le salon. Le contrat, attribué à Boeing dans le cadre d'une procédure FMS américaine, représente environ 426 millions de dollars et doit permettre de renouveler progressivement une partie de la flotte de CH-47D.
Sur le plan industriel, le salon a également été marqué par des discussions autour de l'intégration de certaines armes émiriennes sur les appareils égyptiens. EDGE pousse notamment ses bombes guidées Al Tariq et Thunder, tandis que l’Égypte utilise déjà des Al Tariq sur ses MiG-29.
Le volet civil a enfin donné lieu à des annonces beaucoup plus concrètes : Air Cairo a signé un accord portant sur des Airbus A320neo, avec une commande ferme de 15 appareils annoncée pendant le salon.
L’Armée de l’air égyptienne : un véritable catalogue mondial
Mais s’il y avait une armée à observer attentivement à El-Alamein, c’était bien l’Egyptian Air Force. Car l’une des particularités les plus fascinantes de l’Égypte est la diversité de son parc. Dans la même force aérienne cohabitent des avions américains, français et russes, auxquels s’ajoutent des appareils provenant d’autres pays.
Sur le front des chasseurs, l’Égypte aligne notamment des F-16 américains, des MiG-29M/M2 russes et des Rafale français. À côté de ces appareils modernes subsistent encore des Mirage 2000, dont le retrait approche, ainsi que des avions d’entraînement comme l’Alpha Jet. EDR Magazine Cette situation rappelle d’une certaine manière celle de la France, où les générations d’appareils se chevauchent pendant plusieurs années : les Mirage 2000 côtoient encore les Rafale, avant leur disparition progressive.Mais en Égypte, la diversité va beaucoup plus loin.
Du Rafale au MiG-29 : deux philosophies dans la même force
Le Rafale représente aujourd’hui le haut de gamme de la chasse égyptienne. Multirôle, doté du radar AESA RBE2, d’une suite de guerre électronique moderne et capable d’employer une large gamme d’armes, il constitue le principal vecteur de combat moderne de l’EAF.
Face à lui, le MiG-29M/M2 représente la filière russe. Plus lourd et conçu selon une philosophie différente, il apporte à l’Égypte des capacités de combat aérien et de frappe importantes, tout en conservant une architecture issue de la grande famille des MiG-29.
Et derrière eux, les F-16 constituent toujours une masse considérable de la flotte égyptienne. Cette coexistence est révélatrice de la stratégie du Caire : ne jamais dépendre complètement d’un seul fournisseur.
Apache, Chinook, Ka-52 et Hind : une flotte d’hélicoptères hors normes
La diversité est encore plus spectaculaire lorsqu’on observe les voilures tournantes. L’Égypte exploite des AH-64 Apache américains, des CH-47 Chinook, des Mi-8/17, des Mi-24 Hind, des Ka-52E, mais aussi des appareils européens comme les AW149, AW139, A109, Gazelle et Sea King. EDR Magazine Le salon permettait d'ailleurs de voir cette diversité sur une même ligne.
D'un côté, le tout nouveau CH-47F Chinook, équipé d’une avionique numérique et destiné à remplacer progressivement les anciens CH-47D. De l’autre, un CH-47D vieux de plusieurs décennies. À quelques mètres, un AH-64D Apache, véritable référence mondiale de l’hélicoptère d’attaque. Et derrière eux apparaissaient les machines russes.
Le Ka-52E Alligator constitue probablement l’un des appareils les plus impressionnants du parc égyptien : Bimoteur, doté de son architecture coaxiale caractéristique et de deux membres d’équipage installés côte à côte, il apporte une capacité de reconnaissance et d’attaque lourde. L’Égypte a commandé 46 Ka-52, dont une partie est destinée à opérer depuis les bâtiments amphibies de la classe Mistral. À El-Alamein, deux Ka-52E étaient présents, offrant un contraste saisissant avec l’Apache américain stationné non loin de là.
Plus inattendu encore : la présence d’un Mi-24V Hind. L’Égypte possède plusieurs de ces appareils hérités d’un autre temps de l’histoire aéronautique. Véritable hélicoptère d’assaut, le Hind est reconnaissable à son imposant fuselage, ses ailes porteuses et sa capacité à transporter des soldats tout en assurant des missions d’attaque. À El-Alamein, la présence d’un exemplaire conservant même une partie de son ancienne livrée constituait l’un des petits trésors du static display.
Une armée qui ne choisit pas entre l’Ouest et l’Est
C’est probablement ce que le salon d’El-Alamein aura le mieux démontré. L’Égypte ne se contente pas d’acheter américain, russe ou français, elle achète aux trois et elle les fait parfois voler ensemble.
Des Rafale français se sont entraînés contre des J-16 chinois. Un ravitailleur chinois a ravitaillé un Rafale égyptien. Des F-16 américains sont stationnés aux côtés de MiG-29 russes. Des Apache et des Chinook américains côtoient des Ka-52 et des Mi-24 russes. Des Mirage 2000 français approchent de leur retraite tandis que les Rafale prennent progressivement leur succession. Et, au-dessus de tout cela, un Su-57 russe effectuait ses démonstrations pendant que les avions chinois présentaient pour la première fois à l'étranger leur nouvelle génération de systèmes de combat.
C’est précisément cette diversité qui fait de l’Égypte un cas particulièrement intéressant.
El-Alamein, miroir de la stratégie égyptienne
Plus qu’un simple salon aéronautique, l’édition 2026 aura donc ressemblé à une photographie de l’équilibre stratégique actuel : Les États-Unis y montraient leur puissance aérienne et leur réseau régional. La Russie cherchait à vendre son Su-57E et ses nouveaux armements. La Chine démontrait pour la première fois hors de son territoire une chaîne complète de combat aérien avec J-16, KJ-500, YY-20A et Z-20. La France défendait la place du Rafale dans un marché égyptien appelé à encore évoluer. Et au centre de tout cela, l’Égypte continuait de jouer sa propre partition. Son objectif semble moins être de choisir un camp que de conserver plusieurs portes ouvertes.
À El-Alamein, cette stratégie prenait une forme particulièrement spectaculaire : sur quelques centaines de mètres de piste, le visiteur pouvait passer d’un F-15E américain à un Su-57 russe, d’un J-16 chinois à un Rafale français, avant de retrouver un MiG-29, un Apache, un Ka-52 ou un vieux Mirage 2000 égyptien.
Une concentration unique de technologies, de doctrines et de philosophies aéronautiques qui fait aujourd’hui de l’Égypte l’un des marchés de défense les plus observés au monde.