Un demi-siècle d'engagement au service de l'Armée de l'air et de l'Espace
Les origines des Alpilles
L'histoire de l'unité débute officiellement le 1er mai 1975 sur la base aérienne 125 d'Istres sous la désignation d'Escadron d'Hélicoptères 5/67 « Alpilles ». Elle succède alors au détachement permanent d'hélicoptères qui assurait déjà des missions dans le sud de la France depuis les années 1960, héritant d'un savoir-faire opérationnel déjà solidement établi.
À cette époque, l'escadron met en œuvre plusieurs types d'hélicoptères, parmi lesquels les Sikorsky H-34, les Alouette II puis III, avant l'arrivée du SA330 Puma. Cette flotte hétérogène lui permet d'assurer un large éventail de missions : recherche et sauvetage, soutien logistique, transport de personnel, assistance aux essais en vol et interventions au profit des autorités civiles lors de catastrophes naturelles. Au fil des décennies, les équipages interviennent notamment lors d'inondations majeures dans le sud de la France, de recherches d'aéronefs disparus ou encore au profit des secours en montagne, forgeant une solide réputation dans le domaine du sauvetage.
L'unité connaît également plusieurs changements d'implantation. D'Istres, elle rejoint la base aérienne d'Aix-les-Milles en 1982 avant de revenir à Istres en 2001. Finalement, en 2011, les Alpilles s'installent sur la Base aérienne 115 d'Orange-Caritat, où ils partagent aujourd'hui leur quotidien avec le Centre d'Instruction des Équipages Hélicoptères (CIEH). Ces différentes implantations accompagnent les évolutions de l'escadron, qui adapte continuellement ses moyens et son organisation aux besoins de l'Armée de l'air et de l'Espace.

Le tournant du Fennec
Les années 1990 marquent un véritable changement de cap : les Alouettes sont progressivement remplacées par un nouvel hélicoptère léger : l'AS555 Fennec. Plus moderne et mieux adapté aux nouvelles missions de sûreté aérienne, il devient progressivement la monture unique des Alpilles.
C'est également à cette période que l'escadron développe les premières missions de Mesures Actives de Sûreté Aérienne (MASA), mises en œuvre dès 1993 avant d'être temporairement confiées à une autre unité. Après les attentats du 11 septembre 2001 et le renforcement de la posture permanente de sûreté aérienne française, cette mission retrouve une importance majeure et devient progressivement le cœur de métier des Alpilles.
La spécialisation s'accentue encore à partir de 2008 avec le retrait des derniers hélicoptères de transport. Désormais exclusivement équipé de Fennec, l'escadron concentre ses efforts sur deux missions complémentaires : assurer la permanence des alertes MASA pour protéger l'espace aérien national et maintenir une capacité de recherche et de sauvetage au profit de l'aviation civile et militaire.

Cinquante ans au service de la France
L'année 2025 marque une étape symbolique avec le cinquantième anniversaire des Alpilles. Cinquante années durant lesquelles l'unité n'a cessé de s'adapter aux évolutions technologiques et aux nouvelles menaces, tout en conservant la même exigence opérationnelle.
Si les appareils ont changé, passant du Sikorsky H-34 au Puma puis au Fennec, l'esprit de l'escadron demeure intact : être capable de décoller à tout moment, que ce soit pour défendre le ciel français ou porter assistance à un équipage en difficulté. Une mission exigeante, discrète et essentielle, qui fait aujourd'hui des Alpilles un acteur incontournable de la posture permanente de sûreté aérienne de l'Armée de l'air et de l'Espace.
Le Fennec, un hélicoptère aux multiples visages
Pourquoi Orange ?
Le choix de la base aérienne d'Orange n'a rien d'un hasard : elle accueille le Centre d'Instruction des Équipages Hélicoptères (CIEH), véritable pôle de référence pour la formation et le perfectionnement des équipages d'hélicoptères de l'Armée de l'air et de l'Espace. Le CIEH assure notamment l'instruction des pilotes, l'harmonisation des méthodes de travail et le maintien des savoir-faire, faisant de la base un environnement particulièrement adapté aux unités de voilures tournantes.
Cette proximité permet à l'escadron des Alpilles de bénéficier d'infrastructures spécialisées, de moyens techniques mutualisés et d'un soutien logistique optimisé. La présence du CIEH favorise également les échanges d'expérience entre instructeurs, équipages et techniciens.
L'escadron dispose d'une vingtaine de Fennecs, mais seuls environ cinq appareils sont mis en œuvre quotidiennement, les autres étant immobilisés pour les opérations de maintenance, les visites techniques programmées ou les travaux nécessaires au maintien de leur disponibilité opérationnelle. Cette organisation garantit que les hélicoptères engagés répondent en permanence aux exigences de sécurité et de navigabilité.

Un hélicoptère, plusieurs missions
Le cœur des Alpilles repose sur l'AS555 Fennec, dérivé militaire de l'AS355 Écureuil bimoteur développé par Airbus Helicopters. Léger et particulièrement maniable, cet hélicoptère a été conçu pour remplir un large éventail de missions tout en conservant un coût d'exploitation réduit. Sa motorisation bimoteur lui offre une sécurité accrue, notamment lors des évolutions à basse altitude ou au-dessus des zones urbanisées.
Avec une vitesse maximale d'environ 250 km/h, une autonomie pouvant atteindre près de 3 heures de vol selon la configuration et un rayon d'action d'environ 600 km, le Fennec est capable d'intervenir rapidement sur une grande partie du territoire. Son faible encombrement lui permet également d'évoluer dans des environnements contraints, qu'il s'agisse de reliefs montagneux, de zones boisées ou d'espaces urbains.
Sa véritable force réside toutefois dans sa modularité. Selon la mission confiée, son équipement peut être profondément modifié en quelques heures. Boule optronique, canon de 20 mm, bras Strike, treuil, civière ou matériel médical : chaque configuration répond à un besoin opérationnel bien précis. Cette capacité d'adaptation permet à un même appareil de remplir des rôles très différents sans nécessiter de plateforme dédiée.
Au-delà de la France, le Fennec est également utilisé par plusieurs forces armées étrangères. On le retrouve notamment au sein des forces françaises terrestres, mais aussi dans les armées ou marines d'Argentine, du Danemark, d'Indonésie, de Malaisie, du Pakistan ou encore du Mexique. Cette diffusion internationale témoigne de la polyvalence et de la fiabilité de l'appareil, plus de trente ans après son entrée en service.

MASA : surveiller et protéger le ciel français
Une des deux principales mission de l'escadron est aujourd'hui la Mesure Active de Sûreté Aérienne (MASA) :
​​​​​​​Pour accomplir cette mission, le Fennec embarque des équipements d'observation de dernière génération : Pendant de nombreuses années, cette capacité reposait sur le système CLIO, une boule optronique permettant déjà d'observer de jour comme de nuit. Celle-ci est désormais progressivement remplacée par la Trakka, plus compacte, plus légère et offrant une qualité d'image nettement supérieure.
Installée sous le nez de l'appareil, la Trakka permet aux équipages d'identifier précisément un aéronef, d'observer son cockpit ou encore de lire son immatriculation à bonne distance, de jour comme de nuit. Cette capacité est devenue indispensable pour lever rapidement le doute sur un appareil suspect sans avoir à s'en approcher inutilement. Certaines configurations MASA reçoivent également un bras Strike, qui permet au tireur d'élite d'opérer seul depuis la cabine. Là où deux opérateurs étaient auparavant nécessaires, un seul suffit désormais. Cette évolution présente également un avantage non négligeable : un membre d'équipage en moins représente davantage de carburant embarqué et donc une autonomie supérieure.
Enfin, le Fennec peut être équipé d'un canon de 20 mm, piloté directement par le commandant de bord grâce à un viseur tête haute. Cette capacité permet à l'appareil d'assurer des missions aussi bien air-air qu'air-sol dans le cadre de scénarios spécifiques liés à la posture permanente de sûreté aérienne. Face à l'évolution des menaces, les équipages s'entraînent désormais de plus en plus régulièrement à la lutte anti-drones, devenue une composante incontournable de la défense aérienne moderne.

SAR : retrouver et secourir
L'autre grande mission des Alpilles est le Search and Rescue (SAR) :
Lorsqu'un aéronef disparaît des écrans radar ou déclenche une balise de détresse, le Centre de Coordination de Sauvetage Aéronautique (ARCC) peut solliciter les Fennecs afin de localiser rapidement la zone de l'accident. Pour cela, les hélicoptères disposent d'antennes de radiogoniométrie capables de capter les émissions des balises de détresse sur les fréquences internationales 121,5 et 243 MHz. Ces antennes permettent de guider progressivement les équipages jusqu'à la source du signal, même dans des zones particulièrement isolées. Une fois la localisation effectuée, le Fennec devient souvent le premier moyen de secours sur place.
La configuration de l'appareil est alors totalement différente de celle utilisée pour la MASA. Selon les besoins, il peut embarquer un médecin, un treuilliste, une civière pliable, du matériel médical ou encore des sauveteurs-plongeurs. Grâce à son treuil, l'hélicoptère est capable d'intervenir dans des secteurs où aucun autre moyen ne peut accéder rapidement, que ce soit en montagne, en forêt ou sur un relief particulièrement accidenté.

Chaque kilogramme compte
Derrière chaque mission se cache un arbitrage permanent entre autonomie et capacités opérationnelles : avec une masse maximale au décollage de 2 600 kg et une consommation de l'ordre de 200 à 230 litres de carburant par heure, chaque kilogramme embarqué compte. Les équipages expliquent qu'en pratique, 80 kg de charge utile supplémentaires (un tireur ou un médecin pa) peuvent conduire à embarquer environ 100 litres de carburant en moins, soit près d'une demi-heure d'autonomie selon le profil de mission.
Installer une Trakka, embarquer un treuil, une civière ou un membre d'équipage supplémentaire revient donc à rechercher en permanence le meilleur compromis entre endurance et efficacité opérationnelle. C'est cette capacité d'adaptation qui fait toute la force du Fennec : un hélicoptère capable de changer de visage selon les besoins, tout en restant prêt à décoller à tout moment pour protéger le ciel français ou porter assistance à ceux qui en ont besoin.
Une journée au rythme des Murènes et des Rapines
Au-delà des hélicoptères et des équipements, ce sont avant tout les femmes et les hommes de l'Escadron d'Hélicoptères 1.65 « Alpilles » qui font vivre l'unité. Durant cette journée passée à leurs côtés, j'ai eu l'occasion de découvrir leur quotidien, d'échanger avec les équipages  dans une ambiance particulièrement conviviale où chacun prend le temps d'expliquer son métier avec passion.
À Orange, les appels radio « Murène » et « Rapine » reviennent régulièrement. Derrière ces indicatifs se cachent les missions qui permettent aux équipages d'entretenir leurs qualifications et de répéter inlassablement les procédures qui pourraient leur être demandées à tout moment. Qu'il s'agisse d'une interception, d'une recherche de balise de détresse ou d'un exercice de treuillage, chaque vol contribue à maintenir un niveau d'entraînement indispensable de jour comme de nuit.
L'après-midi, j'ai d'ailleurs eu l'occasion d'assister à un exercice de treuillage, une démonstration particulièrement impressionnante qui met en lumière toute la précision du pilotage du Fennec ainsi que la parfaite coordination entre les pilotes, le treuilliste et le sauveteur. Un exercice exigeant, répété inlassablement afin que chaque geste devienne un automatisme le jour où une véritable mission de sauvetage sera déclenchée.
À quelques centaines de mètres de l'activité quotidienne de l'escadron se trouve un autre univers : celui de la Permanence Opérationnelle. Installés dans un hangar isolé, les équipages d'alerte vivent au rythme des astreintes : pendant environ 7 jours, ils sont disponibles 24 heures sur 24 pour répondre à une éventuelle mission. L'équipe de permanence est composée de 2 pilotes, 2 mécaniciens et d'un tireur. Les délais exacts de décollage demeurent naturellement confidentiels, mais ils sont extrêmement courts, nettement plus réduits que ceux de la mission SAR dont le délai de mise en œuvre est d'environ 1 heure. Lorsque l'alerte ne retentit pas, les équipages effectuent malgré tout environ 1h30 de vol par semaine afin de conserver leurs automatismes et leur niveau opérationnel.

Un escadron aux missions sans cesse renouvelées
Au fil des discussions, les anecdotes ne manquent pas. Le lieutenant Cyprien revient notamment sur une intervention aussi insolite qu'inédite survenue lors du sommet du G7 : un parapentiste s'était aventuré dans une Zone Réglementée Temporaire (ZRT) obligeant les moyens de sûreté aérienne à intervenir. L'équipage du Fennec réalisa alors ce qui est considéré comme le premier arraisonnement d'un parapentiste en lui ordonnant de quitter la zone via à l'aide du panneau. Une mission peu commune qui illustre parfaitement la diversité des situations auxquelles peuvent être confrontés les équipages des Alpilles.
Cette diversité est d'ailleurs ce qui fait la richesse de l'escadron. Peu d'unités de l'Armée de l'air et de l'Espace peuvent se prévaloir d'un spectre de missions aussi large. D'une mission de sûreté aérienne à un exercice de recherche et de sauvetage, d'un entraînement au treuillage à une interception ou à la lutte contre les drones, aucune journée ne ressemble vraiment à la précédente. C'est également ce qui rend le Fennec si apprécié de ses pilotes : tous soulignent le plaisir de piloter une machine légère, vive et extrêmement précise aux commandes. Son pilotage demande de la finesse et une attention permanente, tandis que la variété des missions impose d'adapter constamment sa manière de voler.

Un avenir qui s'écrit encore avec le Fennec
Si l'avenir de l'escadron passera un jour par l'arrivée du H160M Guépard, dont les premières livraisons au sein des forces armées françaises sont attendues autour de 2030, cette transition ne concernera probablement pas les Alpilles avant les années 2040. D'ici là, le Fennec a encore de beaux jours devant lui. Grâce à sa polyvalence, sa fiabilité et son adéquation parfaite aux missions qui lui sont confiées, il demeure aujourd'hui un outil particulièrement efficace, dont les équipages continuent d'exploiter tout le potentiel.
En quittant Orange, une chose apparaît évidente : derrière la discrétion qui caractérise cette unité se cache un escadron dont le professionnalisme force le respect. Les Alpilles ne recherchent pas la lumière, mais assurent chaque jour, dans l'ombre, une mission essentielle à la sécurité du territoire et au secours des équipages en difficulté. À l'image de leur hélicoptère, ils savent s'adapter à toutes les situations avec une remarquable efficacité.
Je tiens à remercier l'ensemble du personnel de l'Escadron d'Hélicoptères 1.65 « Alpilles » pour son accueil et sa disponibilité tout au long de cette immersion. Un remerciement tout particulier au lieutenant Cyprien, au lieutenant Benoit et au capitaine Laurène qui ont pris le temps de partager leur quotidien, leur expérience et leur passion permettant de mieux comprendre le rôle essentiel joué par cette unité au service de l'Armée de l'air et de l'Espace.
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