Mountain Flight 2026 : les hélicoptères tchèques de retour dans les Pyrénées
Après près de trois ans et demi d’absence, les Forces aériennes tchèques ont retrouvé le Centre de vol en montagne de Sainte-Léocadie. Du 16 au 30 novembre 2026, 4 hélicoptères et leurs équipages ont participé à Mountain Flight, un exercice consacré aux spécificités du vol en montagne, aux opérations de sauvetage et à l’insertion tactique en terrain difficile.
Le détachement a été organisé sur 2 semaines avec des équipages différents chaque semaine. Cette rotation a permis à plusieurs équipes de bénéficier de l’entraînement et de travailler les procédures propres au vol en montagne. L’acheminement des personnels a également illustré l’évolution de la flotte de transport tchèque. Certains militaires ont rejoint la France à bord d’un CASA C-295, tandis que d’autres ont emprunté le C-390, récemment introduit au sein des Forces aériennes tchèques.
Sainte-Léocadie, un terrain d’entraînement historique
Niché à près de 1 500 mètres d’altitude au cœur des Pyrénées-Orientales, le Centre de vol en montagne (CVM) de Sainte-Léocadie constitue depuis plusieurs décennies un site privilégié pour la formation des équipages d’hélicoptères. Entouré de sommets dépassant les 3 000 mètres, il permet de confronter pilotes et machines aux contraintes du vol en altitude, à la proximité du relief et aux particularités aérologiques des environnements montagneux.
Le centre dispose également de nombreux points de poser répartis dans les environs, permettant de travailler les approches et les atterrissages sur des terrains difficiles. Ces conditions en font un outil de formation précieux, aussi bien pour les équipages français que pour leurs homologues étrangers.
La coopération entre la France et la République tchèque remonte à septembre 2008. À cette époque, Prague préparait ses équipages de Mi-171Š à leur engagement en Afghanistan. Les conditions rencontrées sur ce théâtre, notamment les vols à des altitudes comprises entre 1 500 et 3 000 mètres et les températures estivales élevées, imposaient une préparation spécifique. Sainte-Léocadie offrait un environnement particulièrement adapté à cet apprentissage.
Quatre hélicoptères aux missions complémentaires
Pour cette édition, le détachement tchèque a engagé quatre appareils : un Mi-17, un Mi-171 et deux W-3A Sokół. Le Mi-17 était le même exemplaire que celui déployé lors de Mountain Flight 2023.
Le détachement a alterné les missions de recherche et de sauvetage (SAR), les exercices d’hélitreuillage et les entraînements tactiques. Les deux Sokół, présentés dans une livrée dédiée au sauvetage, ont été principalement employés pour les missions SAR. Le Mi-17 a également participé aux exercices de sauvetage, tout en servant à l’entraînement aux descentes rapides par corde et à l’hélitreuillage.
Le Mi-171 était davantage orienté vers les opérations spéciales et l’insertion de personnel. Les équipages ont ainsi pu travailler différentes procédures en fonction des capacités de chaque appareil, dans un environnement où les contraintes du relief imposent une préparation rigoureuse des trajectoires et des zones de poser.
Le Mi-17 et le Mi-171 : une filiation éprouvée
Dérivé du Mil Mi-8 soviétique, le Mi-17 a été développé pour améliorer les capacités de transport et d’assaut, notamment dans les environnements chauds et en altitude. Commercialisé à l’export à partir de 1980, il s’est imposé au fil des décennies comme l’un des hélicoptères de transport les plus largement diffusés au monde. Sa conception robuste et sa polyvalence lui ont permis d’assurer des missions très diverses, du transport de troupes à l’évacuation sanitaire, en passant par le soutien opérationnel. La famille a évolué au fil des versions, donnant naissance à des appareils plus récents, dont le Mi-171.
Le Mi-171Š, version destinée notamment à l’exportation, est adapté au transport tactique et peut recevoir différents armements selon sa configuration. Il peut ainsi contribuer à l’insertion de troupes et à l’appui des forces au sol. À Mountain Flight 2026, l’appareil a été utilisé pour travailler les vols tactiques et les insertions de personnel en terrain montagneux.
Le Mi-17 engagé cette année approche cependant de la fin de sa carrière au sein des forces tchèques. Son retrait est envisagé autour de 2030, même si cette échéance doit être considérée comme indicative tant qu’une date définitive n’a pas été confirmée.
Le W-3A Sokół, au service du sauvetage
Développé en Pologne par PZL-Świdnik, le W-3 Sokół est entré dans une nouvelle phase de sa carrière avec la version W-3A, adaptée aux exigences de certification occidentales. Propulsé par deux turbomoteurs PZL-10W, il a été conçu pour accomplir une large gamme de missions, notamment le transport, l’évacuation sanitaire et le sauvetage.
Au sein des Forces aériennes tchèques, les Sokół existent en plusieurs configurations. Les appareils SAR se distinguent par leur livrée blanche et rouge et leurs aménagements dédiés au secours. D’autres exemplaires, en camouflage, sont destinés au transport et à des missions militaires plus générales. Les appareils engagés à Sainte-Léocadie étaient configurés pour le sauvetage. Ils ont notamment permis aux équipages de répéter les procédures d’hélitreuillage, essentielles lorsque le relief interdit un atterrissage à proximité des personnes à secourir.
Leur avenir est toutefois plus court que celui du Mi-171 : le retrait des W-3A tchèques a été annoncé à l’horizon 2028. Mountain Flight 2026 s’est donc déroulé alors que ces hélicoptères approchaient de la fin de leur service opérationnel.
Hélitreuillage, recherche et insertion tactique
Durant les deux semaines d’exercice, les équipages ont enchaîné les vols consacrés aux différentes procédures. Les Sokół ont principalement travaillé les missions de sauvetage et l’hélitreuillage. Avec le Mi-17, les personnels ont répété les descentes rapides par corde ainsi que les opérations de récupération. Le Mi-171 a, de son côté, été engagé dans les exercices d’insertion tactique.
Un autre scénario a permis de mettre à l’épreuve les capacités de recherche des équipages. Le principe était simple en apparence : un Mi-17, un Mi-171 ou un W-3A Sokół déposait des militaires dans les montagnes, avant qu’un autre équipage ne soit chargé de les retrouver depuis les airs.
Sur le terrain, la tâche s’est révélée bien plus complexe qu’il n’y paraissait. Malgré une zone de recherche relativement restreinte, les militaires au sol, équipés de combinaisons orange fluorescent, se sont parfois montrés particulièrement difficiles à repérer depuis les hélicoptères. Un constat qui illustre les difficultés de la détection visuelle en montagne, où le relief, les ombres et les angles d’observation peuvent compliquer considérablement la localisation d’une personne. Ces scénarios ont permis de travailler non seulement la conduite du vol en montagne, mais aussi la coordination entre les appareils et les personnels déployés au sol. Ils ont complété les exercices d’hélitreuillage, de descente rapide par corde et d’insertion tactique.
Les hélicoptères ont également effectué des posers en montagne afin de familiariser les équipages avec les contraintes d’approche et d’atterrissage sur des terrains difficiles. L’objectif était de renforcer des compétences utiles dans les régions montagneuses, notamment dans des conditions comparables à celles rencontrées par les forces tchèques en Afghanistan. Le relief pyrénéen ne reproduit évidemment pas toutes les conditions d’un théâtre opérationnel, mais il permet de travailler des fondamentaux essentiels : appréciation des distances, gestion de la trajectoire, choix d’une zone de poser et adaptation aux conditions locales.
Les équipages se sont montrés très satisfaits des possibilités offertes par le CVM de Sainte-Léocadie, dont les infrastructures et la connaissance du terrain facilitent la conduite de ce type d’entraînement.
Vers le Venom et le Viper ?
Alors que les Mi-17 et les W-3A Sokół approchent de la fin de leur carrière, les Forces aériennes tchèques préparent progressivement le renouvellement de leurs capacités. Le UH-1Y Venom et l’AH-1Z Viper, deux hélicoptères américains développés par Bell, incarnent une partie de cette transition.
Le Venom est conçu pour le transport tactique, le soutien des troupes et différentes missions polyvalentes. Le Viper est, quant à lui, un hélicoptère d’attaque destiné notamment à l’appui-feu et à l’engagement de cibles terrestres. Leur éventuelle participation à une prochaine édition de Mountain Flight, potentiellement en 2029, reste à confirmer. Leur présence offrirait néanmoins une nouvelle dimension à l’exercice, en permettant aux équipages de travailler dans l’environnement montagneux avec une génération d’appareils différente.
Après 2 semaines d’entraînement, Mountain Flight 2026 s’est achevé sur un bilan positif pour les équipages tchèques. Au-delà des missions de sauvetage et d’insertion tactique, cette édition a permis de renouer avec une coopération ancienne et de maintenir des compétences essentielles, alors que plusieurs des hélicoptères engagés approchent d’une nouvelle étape de leur carrière.