ORION 2026
Prêts à agir, déterminés à protéger : ce slogan n’est pas un élément de communication, il est la traduction opérationnelle d’un basculement stratégique de la France. Avec l'exercice Orion 2026, les corps d'armée français ne s’entraînent plus simplement à gérer des crises périphériques, ils se préparent à conduire et à encaisser un conflit de haute intensité en Europe.
La planification a commencé en 2021 puis a été adapté à la dégradation du contexte stratégique de ces dernières années. Selon l'état major, c'est un "rendez-vous majeur de la préparation opérationnelle française à la haute intensité". Le scénario est fictif mais crédible : sur le territoire européen, le pays expansionniste Mercure déstabilise Arnland (son voisin) par des actions hybrides répétées avant de franchir le seuil militaire : la France prend alors la tête d’une coalition.
ORION signifie : Opération de grande envergure pour des armées Résilientes, Interopérables, Orientées vers le combat de haute intensité et Novatrices, mais c’est la phase O2 qui constitue le cœur cinétique de l’exercice. 
Derrière l’acronyme, une réalité : la France s’entraîne à entrer en guerre.

Un scénario fictif mais une hypothèse crédible
Le cadre est imaginaire, mais les mécanismes sont inspirés des standards OTAN et des réalités contemporaines. L'état expansionniste Mercure cherche à déstabiliser son voisin Arnland afin d’empêcher son rapprochement avec l’Union européenne... une situation qui se rapproche fortement du climat européen actuel. Les actions hybrides se multiplient : cyberattaques, manipulation informationnelle, soutien à des milices locales, puis la crise s’intensifie et le seuil militaire est franchi.
Le 6 janvier 2026, à la demande de l’allié menacé, la France prend la tête d’une coalition pour assurer sa défense et préserver l’équilibre européen. Orion 2026 incarne alors une montée en puissance progressive, d'une guerre invisible à l’affrontement de haute intensité. Cet exercice à pour but de recréer l’ensemble des formes du combat moderne : du cyber au blindé en passant par le spatial et le naval dans un enchaînement cohérent.
Une architecture en 4 actes
Orion 2026 est structuré en 4 phases successives chacune correspondant à une étape stratégique d’un engagement majeur.
La première phase O1 est celle de la planification opérative : elle traduit une décision politique en campagne militaire en intégrant tous les milieux et tous les champs de conflictualité. Pendant près d’un an, l’ensemble des armées directions et services coordonnent leurs travaux selon un processus rigoureux, conforme aux standards de l’OTAN. L’objectif est de produire un ordre de coordination interarmées aligné sur les différentes étapes de la manœuvre.
La deuxième phase, O2, marque le basculement dans l’action. C’est la phase de déploiement des troupes en coalition, celle de l’entrée en premier sur le théâtre. Dix mille militaires sont engagés, sept composantes agissent simultanément — Terre, Mer, Air, Forces spéciales, Cyber, Spatial, Logistique — et vingt-et-un jours de terrain libre viennent éprouver la cohérence de l’ensemble.
La troisième phase, O3, élargit la manœuvre au territoire national. Elle simule les effets et les rétroactions d’un engagement majeur en Europe sur l’Hexagone. Douze ministères sont impliqués. Quatre groupes de travail interministériels préparent les scénarios. Une gestion de crise est simulée fin mars, afin d’évaluer la capacité de l’État à soutenir la montée en puissance militaire dans la durée.
La quatrième phase, O4, projette l’ensemble dans un cadre OTAN. Douze mille cinq cents militaires sont engagés, un état-major de niveau corps d’armée prend le commandement, trois divisions multinationales manœuvrent pendant trois semaines dans un scénario d’article 5. L’exercice se conclut par un ENDEX le 30 avril, avant la phase de retour d’expérience.
Orion n’est donc pas une séquence unique. C’est une campagne complète.

Phase O2 : ouvrir le théâtre
Au cœur de l’exercice, la phase O2 concentre l’essentiel de la manœuvre cinétique.
Tout commence par la montée en puissance et la préparation du déploiement. Puis vient le STARTEX, le point de bascule. Les opérations s’enchaînent selon une logique doctrinale précise : conquête de la supériorité aérienne, neutralisation des capacités anti-accès (C-A2AD), frappes dans la profondeur, conquête de la supériorité aéromaritime, opération amphibie pour prise de tête de pont, intensification des opérations au sol, puis opération aéroportée pour consolider et élargir la zone d’action. La phase s’achève par un transfert d’autorité vers l’OTAN.
Ce déroulé n’est pas symbolique. Il reproduit le tempo réel d’une entrée en premier dans un environnement contesté.
Les moyens engagés donnent la mesure de l’ambition : un état-major de niveau corps d’armée, trois brigades interarmes, plus de deux mille cent cinquante véhicules tactiques, quarante hélicoptères, mille deux cents drones de combat et de spécialité côté terrestre ; deux bases navales, un groupe aéronaval, deux porte-hélicoptères amphibies et cinquante aéronefs côté maritime ; dix bases aériennes, cinquante aéronefs, deux drones MALE, six systèmes de défense sol-air et vingt capteurs spatiaux côté aérien et spatial.
Cette masse n’est pas déployée pour impressionner. Elle est déployée pour tester la cohérence.
Multi-domaines et interallié : la nouvelle norme
Orion 2026 est pleinement multi-domaines. Le cyber n’est pas un additif ; il agit en permanence, sous forme de stress opérationnel continu. Les opérations spatiales militaires sont intégrées via l’exercice SparteX 2026, permettant d’articuler les effets spatiaux avec la manœuvre interarmées. Le commandement interarmées est centralisé et coordonné par le Centre expert du commandement interarmées, garant de la cohérence globale de l’exercice.
La dimension multinationale est tout aussi structurante. De nombreux partenaires étrangers participent aux différentes phases, certains au sein de la coalition, d’autres en forces adverses. L’objectif est double : renforcer l’interopérabilité et démontrer la capacité française à commander une coalition crédible.
La France s’entraîne à fédérer, intégrer, coordonner.​​​​​​​
Un exercice au cœur du territoire
Orion 2026 ne se limite pas à des camps militaires. Quinze départements hexagonaux et un territoire ultramarin sont impliqués. Les forces s’entraînent en mer, dans les airs et en terrain libre, au contact des réalités civiles. Cette immersion vise à renforcer la résilience nationale et à éprouver la capacité du pays à soutenir un engagement majeur dans la durée. L’exercice intègre également un volet jeunesse et mobilise les réservistes, affirmant sa dimension sociétale.
Orion 2026 dépasse donc le cadre strictement militaire. Il s’inscrit dans une approche globale de défense collective.
​​​​​​​Ce que révèle Orion 2026, ce n’est pas seulement la capacité à frapper : c’est la capacité à planifier, coordonner, intégrer et durer. Mais également conduire une campagne complète, absorber le choc initial, tenir sous pression cyber et transférer le commandement à l’OTAN sans rupture.
Orion 2026 est une démonstration de crédibilité stratégique.
Une répétition générale à l’échelle nationale.
Une montée en puissance pensée comme une véritable opération.
Un exercice conçu pour tester non pas un outil, mais un système.
La France s’entraîne à entrer en premier, à commander et à protéger durablement ses intérêts et ceux de ses alliés.
Mont-de-Marsan, épicentre de la supériorité aérienne
​​​​​​​Dans le sud-ouest, l’air est plus dense qu’à l’ordinaire. Les départs s’enchaînent sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan ou le tempo s’accélère nettement. L’activité aéronautique augmente de jour comme de nuit et parfois jusque tard en soirée, y compris les week-ends. Ce n’est pas une simple montée en puissance : c’est l’entrée dans la phase 2 d’ORION 2026. 
ORION n’est pas un exercice parmi d’autres. Il constitue le rendez-vous majeur de la préparation opérationnelle française à la haute intensité. Son ambition est claire : préparer les forces armées aux engagements les plus exigeants, dans des environnements complexes et contestés, et démontrer la capacité de la France à entrer en premier sur un théâtre, à prendre la tête d’une coalition, puis à s’intégrer pleinement dans une structure de commandement otanienne 
Dans cette architecture, la BA 118 n’est pas un simple point d’appui. Elle devient le centre de gravité aérien de la phase O2, une concentration inédite de chasseurs sur un seul site. Pendant Orion 2026, Mont-de-Marsan accueille l’ensemble des avions de chasse français et étrangers engagés dans l’exercice. La formule peut sembler administrative ; en réalité, elle traduit une concentration de puissance rarement observée sur une seule plateforme nationale. 
Sur les parkings et dans les hangars se côtoient plusieurs générations et plusieurs doctrines d’emploi : Les Mirage 2000-5 de la 2e escadre de chasse de Luxeuil rejoignent les Mirage 2000D de la 3e escadre de chasse de Nancy.  Les premiers incarnent encore une capacité robuste d’interception et de défense aérienne, tandis que les seconds, modernisés, excellent dans la frappe air-sol, y compris dans la profondeur, en environnement contesté.
Autour d’eux, le cœur du dispositif repose sur le Rafale, décliné dans plusieurs versions. Les Rafale C de la 30e escadre de chasse, basés justement à Mont-de-Marsan, opèrent depuis leur terrain d’origine.  À leurs côtés, les Rafale B de la 4e escadre de chasse de Saint-Dizier apportent la composante biplace, précieuse pour les missions complexes combinant pénétration, guerre électronique et coordination interarmées. Les Rafale C de la 5e escadre de chasse d’Orange complètent le dispositif, augmentant la masse critique nécessaire à la conquête de la supériorité aérienne.
Mais Orion 2026 dépasse le cadre strictement national. Sur le tarmac montois, les Rafale qatariens de la QEAF évoluent aux côtés des Mirage 2000 grecs de la HAF et des Tornado allemands de la Luftwaffe. Cette juxtaposition n’est pas symbolique : elle est doctrinale. Elle permet d’éprouver en conditions réelles l’interopérabilité, les standards OTAN, la compatibilité des procédures, la fusion des chaînes de commandement et la coordination tactique. Mont-de-Marsan devient ainsi une base multinationale temporaire, un laboratoire grandeur nature de la coalition.

La phase O2 : forcer l’accès, ouvrir le ciel
La phase 2 d’ORION correspond à la conquête de la supériorité de zone. Avant toute opération amphibie, aéroportée ou terrestre, il faut ouvrir l’espace aérien : 
- Neutraliser les systèmes anti-accès adverses ;
- Dégrader les radars ;
- Saturer les défenses ;
- Assurer la liberté d’action des forces ;

C’est ici que la masse de chasseurs concentrée sur la BA118 prend tout son sens.
Les Rafale assurent des missions de supériorité aérienne, escortent les appareils de frappe et participent aux opérations de suppression des défenses adverses. Les Mirage 2000D s’inscrivent dans la logique de frappe dans la profondeur, visant les centres de commandement, les dépôts logistiques ou les infrastructures critiques simulées. Les Mirage 2000 grecs et les Tornado allemands introduisent des schémas tactiques différents, obligeant les équipages français à intégrer des partenaires aux méthodes parfois distinctes, mais alignées sur les standards OTAN.
Dans ce contexte, la BA 118 ne se limite pas à générer des sorties. Elle orchestre un cycle complet de planification, de briefing, de débriefing et de réengagement. Les salles opérations tournent en continu. Les mécaniciens travaillent sous pression temporelle. Les contrôleurs et les cellules C2 ajustent les bulles de défense sol-air et les corridors aériens.
L’exercice ne teste pas uniquement la performance des avions ; il éprouve la résilience de la base elle-même.
Une base sous tension, mais sous contrôle
L’augmentation de l’activité aéronautique, perceptible tout au long du mois de février, traduit un changement d’échelle. ORION 2026 ne se déroule pas exclusivement dans des zones isolées : il implique le territoire national, ses infrastructures et sa population. Les vols se succèdent dans un espace aérien partagé, avec une intensité inhabituelle. 
Cette réalité opérationnelle est fondamentale. La haute intensité ne se prépare pas uniquement dans des camps d’entraînement lointains. Elle se construit dans la complexité du réel, avec des contraintes civiles, des impératifs de coordination interministérielle et une exigence permanente de sûreté. À Mont-de-Marsan, cela signifie maintenir la posture permanente de sûreté aérienne tout en générant des missions de coalition. Cela signifie absorber des détachements étrangers, intégrer leurs besoins logistiques, harmoniser les chaînes de commandement et conserver un niveau de sécurité maximal malgré la densité des mouvements : la BA 118 devient ainsi une miniature de théâtre d’opérations.
Si ORION 2026 vise à démontrer la capacité de la France à entrer en premier et à conduire une coalition, la BA 118 en est l’illustration concrète. Elle concentre les vecteurs de combat, accueille les alliés, met en œuvre la supériorité aérienne et sert de point d’appui à l’ensemble de la manœuvre O2. Dans le ciel landais, les Rafale, Mirage 2000 et Tornado ne volent pas seulement pour l’entraînement. Ils matérialisent une hypothèse stratégique : celle d’un engagement majeur en Europe, nécessitant masse, coordination, endurance et interopérabilité.
La phase 2 d’ORION 2026 n’est pas un exercice de démonstration. C’est une répétition générale.
Dans le vent de l'Atlantique, le Charles de Gaulle en répétition générale
Dans l'Atlantique Nord, le long des cotes bretonnes, le vent atteint parfois 60 nœuds sans compter les rafales flirtant avec les 150 km/h. Dans une "mer 5" avec des creux de 4 mètres et des plafonds qui descendent parfois à moins d'une centaine de pieds, le Charles de Gaulle n’est pas en démonstration : il est intégré à Orion comme cœur d’un dispositif interarmées et interallié pensé pour la guerre de haute intensité.
Ce n’est pas un simple exercice naval, c’est une manœuvre globale visant la maîtrise de l’espace aéromaritime au profit d’une vaste opération amphibie sur la façade atlantique. Le scénario prévoit guerre navale, frappes dans la profondeur, lutte anti-sous-marine, défense aérienne, et actions dans la troisième dimension. Le porte-avions et son escorte y jouent un rôle structurant : conduire la force, protéger la manœuvre et imposer la supériorité aéro maritime.
Le GAN et le GAé dans ORION 2026 : la manœuvre aéromaritime totale
Lorsque le Charles de Gaulle (R91) appareille dans le cadre d’ORION 2026, il ne s’agit pas d’une simple projection de puissance navale, mais de la mise en mouvement d’un système de combat complet. Le porte-avions n’est que la partie visible d’un ensemble beaucoup plus vaste : le Groupe Aéronaval.
Au cœur du groupe aéronaval se trouve le battle watch, véritable centre nerveux de la manœuvre. Sous l’autorité de l’amiral commandant la force navale, l’état-major embarqué coordonne l’ensemble du dispositif déployé autour du porte-avions. Depuis ce poste de conduite, ce ne sont pas uniquement les opérations aériennes du groupe aérien embarqué qui sont pilotées : frégates d’escorte, sous-marins, moyens amphibies et patrouilles maritimes sont intégrés dans une même architecture opérationnelle. Chaque bâtiment évoluant dans la bulle du groupe aéronaval reste en liaison permanente avec cet état-major, garantissant une vision globale de la situation tactique et la cohérence de l’action collective.
Comme le souligne le contre-amiral Thibault Haudos de Possesse, commandant la force navale durant l’exercice :
« Le groupe aéronaval est avant tout un système de combat. Le porte-avions en est le centre, mais chaque bâtiment et chaque aéronef contribue à la même manœuvre. »
Autour du porte-avions se déploie en effet une force navale complète, structurée pour assurer sa protection et projeter la puissance du groupe. Les frégates de défense aérienne assurent la détection et le traitement des menaces aériennes à longue portée, tandis que les frégates multi-missions et les frégates spécialisées dans la lutte anti-sous-marine traquent sous-marins et mines potentielles. À cela s’ajoute le soutien discret d’un sous-marin nucléaire d’attaque et l’appui d’avions de patrouille maritime, qui étendent la surveillance bien au-delà de l’horizon radar.
Dans ORION 2026, cette architecture dépasse largement le cadre national. L’exercice rassemble plus d’une vingtaine de nations alliées, qui apportent troupes, aéronefs, bâtiments de combat et capacités spécialisées. Le groupe aéronaval illustre particulièrement cette coopération. Plusieurs bâtiments alliés opèrent au sein du dispositif, notamment le destroyer italien Andrea Doria (D553), la frégate espagnole Álvaro de Bazán (F101) et la FREMM marocaine Mohammed VI (F701), évoluant aux côtés des bâtiments français, dont la frégate Alsace (D656) et la nouvelle frégate de défense et d’intervention Amiral Ronarc'h (D660).
Cette composition illustre le haut niveau d’interopérabilité atteint entre marines européennes et partenaires, condition indispensable pour conduire des opérations navales complexes dans un cadre de coalition. Tout au long de l’exercice, aéronefs et bâtiments alliés se sont intégrés dans une structure de commandement dirigée par la France, reproduisant un fonctionnement proche de celui des opérations de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord.
Dans le cadre d’ORION, ce dispositif a été engagé dans un scénario de guerre navale simulée face à une force adverse désignée « Mercure ». L’objectif : obtenir et conserver la maîtrise de l’espace aéromaritime dans une opération de coalition, incluant également une importante manœuvre amphibie sur la façade atlantique. Le groupe aéronaval et ses escorteurs ont ainsi conduit une série d’engagements simulés contre les unités de surface adverses, tandis que sous-marins et avions de patrouille maritime complétaient la manœuvre dans la profondeur.
Dans ce contexte, la coalition « bleue » a réussi à détecter, contrer puis neutraliser les frégates adverses engagées dans le scénario. Plus qu’une simple succession d’actions tactiques, cet affrontement simulé illustre la logique fondamentale du combat naval moderne : la supériorité ne repose pas sur une plateforme isolée, mais sur l’intégration complète du système de forces.
« La haute intensité ne s’improvise pas », rappelle le contre-amiral Haudos de Possesse.
« Elle se construit dans la durée, par l’entraînement, la standardisation et la confiance que nous développons avec nos partenaires. »
Ce niveau de coordination est le fruit d’années de préparation doctrinale et d’exercices conjoints, indispensables pour opérer efficacement dans un contexte de combat de haute intensité tel que celui simulé par ORION.
Le GAé en action : défendre, surveiller, frapper
Le soir où nous assistons au briefing, l’atmosphère est concentrée mais calme. Le capitaine de frégate Erwan et l’enseigne de vaisseau Matthieu déroulent la mission avec précision. L’objectif est clair : assurer la surveillance et la défense aérienne du groupe aéronaval. Deux Rafale Marine sont maintenus en alerte immédiate sur le pont d’envol, tandis que deux autres patrouillent déjà au-dessus de la force pour assurer la protection aérienne. Au-dessus du dispositif, un Northrop Grumman E-2C Hawkeye étend sa bulle radar et coordonne la situation tactique. Un autre vol de Rafale est dédié à la suppression des défenses ennemies dans le cadre d’Exercice Orion. Dans le même temps, deux appareils ont temporairement quitté le groupe pour conduire des missions d’appui aérien rapproché en Allemagne dans le cadre de l’exercice Steadfast Defender, illustrant l’intégration du groupe aérien embarqué dans un dispositif multinational plus large.
La menace est attendue à l’est. Les équipages se préparent à faire face à des appareils modernes et crédibles. Les Dassault Rafale M s’appuieront sur leur radar AESA pour détecter à longue distance et conserver l’initiative, ainsi que sur leurs missiles MBDA Meteor et MBDA MICA pour tenir l’adversaire à distance. La Link 16 assure la circulation des données tactiques entre plateformes ; la radio, elle, reste réduite au strict minimum. Dans cet environnement, parler, c’est aussi risquer d’être écouté.
La mission principale demeure la défense aérienne de zone autour du groupe aéronaval. Les Rafales peuvent être amenés à escorter des avions de transport chargés de larguer des parachutistes ou de rejoindre des aérodromes sécurisés, à appuyer des commandos au sol lors de missions d’armement, ou encore à conduire des frappes d’appui rapproché si la situation l’exige. Le groupe aérien embarqué n’est pas limité à la supériorité aérienne : il intervient sur l’ensemble du spectre opérationnel.
Cette nuit-là, les conditions météorologiques compliquent encore la manœuvre. Nuit sans lune, vents soutenus et de grosses couches nuageuses entre le FL100 et le 150. Les équipages évolueront donc sous jumelles de vision nocturne (JVN) pour éviter les couches nuageuses. L’état de mer est annoncé à 5, avec des creux pouvant atteindre 4 mètres. Dans ces conditions, c’est la plateforme elle-même qui devient la principale variable : le pont bouge, et chaque phase d’appontage demande une anticipation permanente.
Les retours s’effectuent en longue finale. Calage précis au QNH, annonce systématique du carburant restant et de l’aérodrome intermédiaire éventuel — Cognac, Mont-de-Marsan ou Bordeaux selon la situation. En fin de mission, la fatigue s’installe et l’écoute de l’Officier Appontage devient essentielle. Dans l’Atlantique, la technique seule ne suffit pas : il faut intégrer en permanence le mouvement du navire.
Le lendemain matin, le constat est révélateur. Sur 12 Rafales initialement prévus, seuls les 4 de la mission Orion ont finalement été catapultés. Les autres équipages n’étaient pas qualifiés pour une météo aussi exigeante. Dans ce contexte, le choix est simple : on engage les plus expérimentés : Orion ne tolère pas l’approximation.
Le regard du commandant du porte-avions
À la passerelle du French aircraft carrier Charles de Gaulle, le commandant Thomas Puga — le « pacha » du bâtiment — dresse un bilan positif de cette période à la mer. Ancien pilote de Northrop Grumman E-2C Hawkeye, il a embarqué pour la première fois sur le porte-avions en 2007. Plus de vingt-cinq ans de Marine derrière lui, et la conviction que cette sortie a pleinement rempli son objectif opérationnel.
Depuis trois semaines, l’activité aérienne n’a pratiquement jamais cessé. Les catapultes ont fonctionné quotidiennement, parfois avec des vents approchant les 90 km/h. L’Atlantique n’a rien épargné au groupe aéronaval : mer 6 à 7, visibilité très réduite, épisodes de neige fondue. Dans ces conditions, l’activité a parfois été ajustée, mais les vols ont été maintenus chaque jour. « Cela entraîne vraiment à la guerre », résume le commandant.
Il souligne au passage le rôle essentiel du service météorologique du bord, chargé d’identifier les rares fenêtres exploitables dans un environnement particulièrement instable. C’est aussi dans ce contexte que s’inscrit Exercice Orion, qui a conduit le porte-avions à opérer en Atlantique aux côtés de plusieurs partenaires. Pour le commandant, ces exercices sont avant tout des outils de construction de la confiance entre alliés. Les interactions avec les forces américaines restent régulières et structurées, tandis que la coopération avec la marine danoise — moins fréquente — a pris ici tout son sens, le groupe aéronaval évoluant dans une zone où les Danois opèrent habituellement. Certaines Frégate européenne multi‑mission (FREMM) basées à Brest ont également navigué pour la première fois à proximité immédiate du porte-avions dans un contexte d’entraînement de haute intensité.
Son analyse est sans détour : l’environnement maritime s’est durci. Les événements récents observés en Mer Noirecomme en Mer Rouge rappellent que la violence navale n’appartient plus au passé. Dans ce contexte, le groupe aéronaval doit rester prêt à opérer dans des conditions exigeantes.
Dans Orion 2026, le Charles de Gaulle et son groupe aérien embarqué n’ont pas seulement participé à un exercice. Ils ont validé un niveau d’entraînement et d’intégration construit sur la durée. En Atlantique, sous un ciel bas et une mer formée, la haute intensité n’est plus une notion théorique : c’est une réalité travaillée, jour après jour.
Le Charles de Gaulle et la vie à bord : un porte-avions, une ville en mouvement
Au sortir d’Exercice Orion, il est essentiel de replacer l’échelle humaine derrière l’intensité des opérations. Le French aircraft carrier Charles de Gaulle n’est pas seulement un outil de projection de puissance : c’est une véritable ville en mer, capable d’embarquer près de 1 900 personnes lors d’un déploiement opérationnel. On y trouve environ 1 200 à 1 350 marins constituant l’équipage du bâtiment, auxquels s’ajoutent près de 600 personnels du groupe aérien embarqué ainsi que l’état-major du groupe aéronaval lorsque celui-ci est présent à bord. 
À l’intérieur de cette structure de plus de 260 mètres de long, la vie s’organise selon un rythme permanent. Le navire ne dort jamais vraiment : quarts à la passerelle, maintenance aéronautique dans le hangar, préparation des missions, opérations sur le pont d’envol ou surveillance des systèmes du bord se succèdent jour et nuit. Dans les coursives étroites, les marins croisent pilotes, mécaniciens, contrôleurs aériens ou spécialistes des systèmes de combat. Chacun appartient à une chaîne opérationnelle précise, mais tous participent à la même dynamique collective : maintenir le groupe aéronaval prêt à agir à tout moment.
Entre deux périodes d’activité, la vie quotidienne reprend ses droits. Les repas s’enchaînent dans les carrés et les postes d’équipage, les salles de sport improvisées permettent d’évacuer la tension accumulée, et quelques moments de détente apparaissent lorsque le tempo opérationnel ralentit. Ces instants restent souvent brefs : les cycles de travail sont dictés par les quarts et par les opérations aériennes, particulièrement soutenues lors d’exercices de grande ampleur comme Orion.
La logistique du bord est calibrée pour soutenir cet effort dans la durée. Grâce à sa propulsion nucléaire, le porte-avions n’est pas limité par le carburant pour sa navigation, mais par les ressources nécessaires à l’équipage. Les stocks alimentaires et l’organisation logistique permettent ainsi au bâtiment de tenir environ quarante-cinq jours sans ravitaillement extérieur, tout en maintenant un rythme opérationnel élevé. 
Dans ce contexte, la frontière entre vie du bord et activité opérationnelle s’efface souvent. Chaque Rafale catapulté, chaque Hawkeye en patrouille, chaque technicien travaillant dans le hangar ou chaque spécialiste des systèmes électroniques participe à un même ensemble. C’est cette cohésion humaine, autant que la technologie embarquée, qui permet au groupe aéronaval de fonctionner comme un système intégré. À bord du Charles de Gaulle, la haute intensité ne se limite pas aux scénarios d’exercice : elle s’inscrit aussi dans le rythme quotidien de près de deux mille marins réunis autour d’une même mission.
Après Orion : du Nord Atlantique à la Baltique
La phase 2 d'Orion 2026 vient de se conclure, mais la mission du GAN ne s’arrête pas là. Sans retourner immédiatement au port de Toulon, le groupe aéronaval entame une nouvelle phase stratégique de son déploiement : la mission "Lafayette 26", orientée vers l’Atlantique Nord et la mer Baltique.  Dans ce cadre, le GAN se dirigera vers le Grand Nord pour participer, entre autres, à l’exercice Cold Response 2026, un exercice multinational de défense en milieu froid organisé par la Norvège, qui teste les forces aériennes, terrestres et navales dans un environnement exigeant — neige, vents violents, conditions de navigation complexes. Cette étape n’est pas anodine : elle continue de pousser les équipages au-delà de leurs zones d’opération habituelles et renforce l’interopérabilité avec des partenaires nord-européens dans des conditions tactiques très différentes de celles rencontrées en Atlantique ou en Méditerranée. 
Une escale historique est prévue à Malmö (Suède), marquant un jalon diplomatique fort : c’est la première fois que le porte-avions français y fait escale, illustrant le rôle du GAN comme instrument de politique extérieure autant que militaire.  Au-delà de Cold Response, le GAN sera engagé ou associé à une série d’activités dans le cadre de Lafayette 26 : Steadfast Dart (renforcement de la réaction collective de l’OTAN), Neptune Strike (cohésion multi-domaines) et, dans certains cas, la coordination avec des aéronefs alliés, y compris des Harrier italiens et des appareils du Tactical Leadership Programme (TLP) — preuve que l’intégration interalliée ne se limite pas au partage des procédures, mais que les unités aériennes se mélangent réellement sur les ponts d’envol, dans les hangars et dans la planification tactique.
Ce continuum d’opérations illustre une vérité stratégique : le GAN n’est pas un simple participant à des exercices isolés. Il accompagne et projette de façon continue la capacité de la France et de ses alliés à intervenir sur plusieurs théâtres, sous des latitudes très variées, dans des environnements tactiquement exigeants.

Une ouverture stratégique
Dans la continuité d’Exercice Orion, la mission Lafayette 2026 devait initialement illustrer l’ouverture croissante du groupe aéronaval français vers les partenaires alliés. Le déploiement prévoyait une succession d’entraînements et d’interactions avec plusieurs forces européennes et de l’OTAN, notamment dans des environnements climatiques exigeants jusqu’aux hautes latitudes, avant une présence en mer Baltique destinée à afficher la solidarité stratégique avec les partenaires de la région. L’objectif était clair : démontrer qu’un groupe aéronaval moderne n’est plus seulement un ensemble de bâtiments projetés depuis la Méditerranée, mais un outil flexible et interopérable, capable de s’intégrer rapidement dans des dispositifs multinationaux et d’enchaîner différents scénarios opérationnels.
Mais l’évolution rapide de la situation stratégique a profondément modifié ce plan initial. Alors que le French aircraft carrier Charles de Gaulle et son groupe aéronaval étaient engagés dans cette phase de déploiement en Europe du Nord, la dégradation soudaine de la situation liée au conflit impliquant Iran a conduit les autorités françaises à réorienter la mission. En très peu de temps, le porte-avions a appareillé et mis cap au sud afin de rejoindre la Méditerranée orientale, où il a été intégré à un dispositif de présence et de suivi de crise.
Cette réorientation rapide illustre concrètement la logique opérationnelle recherchée avec les déploiements récents du groupe aéronaval : la capacité à changer de théâtre en quelques jours, à adapter sa posture et à redevenir immédiatement un outil de présence stratégique. Conçu pour passer d’un cadre d’exercice multinational à une posture de surveillance et de dissuasion, le groupe aéronaval démontre ainsi qu’il constitue bien plus qu’une force d’entraînement : un instrument militaire capable de se repositionner rapidement au cœur d’une crise réelle.
19 février : le VIP Day au cœur de la manœuvre
19 février, façade atlantique nord-ouest. ORION 2026 entre dans sa phase la plus visible. Après des semaines de planification, de montée en puissance et d’intégration interarmées, la Marine nationale ouvre une fenêtre médiatique sur son exercice majeur. Mais le « VIP Day » ne se résume pas à une démonstration calibrée pour les invités. Il donne à voir une force déjà engagée, déjà structurée, évoluant dans une logique d’affrontement de haute intensité.
Au large, le groupe amphibie articulé autour des porte-hélicoptères amphibies Mistral (L9013) et Tonnerre (L9014)déploie toute l’étendue de ses capacités. Hélicoptères, chalands de débarquement, unités embarquées et bâtiments d’escorte s’inscrivent dans une même séquence tactique, sous une chaîne de commandement unique. Rien n’est figé, rien n’est isolé : projection aéromobile, mise à terre des véhicules et sécurisation du littoral répondent à un tempo commun, pensé pour reproduire la densité d’une opération réelle. 
Le message adressé aux observateurs est clair : la force amphibie française ne se limite pas à transporter des troupes. Elle sait les engager, les soutenir et les coordonner dans un environnement contesté.

Un monde qui a changé
« Le monde a changé », rappelle le vice-amiral Xavier Royer de Véricourt. La formule résume l’environnement stratégique dans lequel s’inscrit ORION 2026 : retour de la guerre de haute intensité, compétition stratégique accrue et multiplication des zones de friction, notamment sur les littoraux. L’exercice rassemble plusieurs partenaires — Brésil, Australie, Italie, Royaume-Uni, Maroc, Grèce et Espagne — engagés dans un cadre strictement aligné sur les procédures de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord. L’interopérabilité est ici testée en conditions réelles : communications, coordination des états-majors, procédures d’engagement et partage de la situation tactique.
Face à la coalition, « Tyran 70 » représente l’adversaire fictif structuré contre lequel les forces s’entraînent. Le scénario inclut des menaces hybrides, des attaques opportunistes et un environnement saturé de capteurs et de vecteurs sans pilote. ORION 2026 illustre d’ailleurs l’évolution rapide de ce domaine : près de 200 drones sont engagés dans l’exercice, soit environ trois fois plus que lors des éditions précédentes.

La manœuvre amphibie : vitesse, volume, continuité
Au cœur de la séquence présentée lors du VIP Day se trouve la manœuvre amphibie menée depuis les deux PHA. Le dispositif est coordonné depuis l’état-major embarqué, qui pilote l’enchaînement des vagues aéromobiles et nautiques. À bord du Mistral (L9013), la composante aéromobile comprend quatre NH90 Caïman et quatre Aérospatiale Gazelle. Leur rôle est multiple : insertion des premières unités, transport des troupes, appui tactique et soutien logistique au profit des forces débarquées.
En amont de la projection principale, le Groupement Commando Amphibie est engagé pour prendre et sécuriser des points clés du littoral. Reconnaissance, sécurisation de zones d’atterrissage, préparation des axes d’entrée : ces actions permettent ensuite l’arrivée rapide des éléments plus lourds. La montée en puissance est rapide. En onze heures, dans la seule journée de manœuvre, près de 500 militaires et 120 véhicules sont mis à terre. Les blindés VBMR Griffon et EBRC Jaguar rejoignent les premiers éléments débarqués, donnant immédiatement de la mobilité, de la protection et de la puissance de feu à la tête de pont.
Les unités disposent d’une autonomie logistique d’environ 48 heures, le temps de consolider la position et de préparer l’arrivée d’un soutien plus structuré.
Un outil de projection complet
Les porte-hélicoptères amphibies constituent le cœur logistique et opérationnel du dispositif. Chaque bâtiment peut embarquer environ 650 marins et militaires selon la configuration, ainsi qu’une soixantaine de véhicules dans ses ponts-garages. Conçus pour projeter et soutenir une force interarmées depuis la mer, ils concentrent dans une même plateforme commandement, transport, soutien et capacités médicales. Dans l’exercice ORION 2026, le Tonnerre (L9014) joue un rôle central. Plus qu’un simple transport de troupes, il agit comme plateforme de commandement interarmées, hub logistique amphibie et hôpital embarqué de rôle 3. Ses installations permettent de planifier et de conduire des opérations complexes en coordonnant les effets mer-air-terre au profit du niveau opératif.
Alors que le Mistral (L9013) concentre l’essentiel du groupe d’hélicoptères pendant l’exercice, le Tonnerre est davantage orienté vers le transport de véhicules amphibies, l’accueil de l’état-major et une fonction hospitalière renforcée. À bord, les exercices de sécurité — notamment la lutte contre l’incendie — se succèdent régulièrement afin de maintenir les qualifications dans un environnement où la gestion des risques reste permanente. La dimension médicale constitue en effet l’un des atouts majeurs du bâtiment. Les installations permettent d’accueillir jusqu’à 64 lits, avec blocs opératoires, capacités d’imagerie et collecte de sang total pour traiter les blessés graves. Un scanner peut être installé dans le hangar hélicoptères afin de permettre des diagnostics rapides au plus près de la zone d’opération.
Toujours à bord du Tonnerre, un Eurocopter Panther assure les missions d’évacuation sanitaire (EVASAN), reliant la zone d’engagement aux installations médicales du bord.

Drones : un multiplicateur de force
ORION 2026 marque également une montée en puissance nette de l’emploi des drones. Près de 200 systèmes sont engagés dans l’exercice, soit trois fois plus qu’il y a quelques années, illustrant l’évolution rapide du champ de bataille. Surveillance, renseignement, désignation d’objectifs, brouillage ou action offensive : l’espace aérien autour de la force navale est désormais saturé de vecteurs sans pilote.
Parmi eux, le Schiebel S-100 Camcopter s’impose comme un capteur avancé embarqué. Utilisé pour la détection, l’identification et la désignation laser, il agit comme un relais essentiel au profit des hélicoptères et des unités de surface, étendant considérablement la portée de la surveillance et la précision des engagements. Ces capacités dépassent d’ailleurs le seul cadre de l’exercice. En Atlantique, des drones de ce type ont récemment contribué à la saisie de 9,6 tonnes de cocaïne, démontrant une intégration désormais pleinement opérationnelle dans les missions de surveillance maritime. 
La séquence amphibie ne se déroule pas dans un environnement permissif. Pendant le débarquement, des réservistes jouant la force adverse mènent des attaques simulées contre le PHA à l’aide d’embarcations rapides — des « zozos » — reproduisant des tactiques asymétriques observées dans plusieurs zones de conflit. Face à ces actions, une frégate d’escorte assure la protection rapprochée du bâtiment amphibie, illustrant la nécessité d’une défense permanente du groupe naval pendant les phases les plus vulnérables de la projection.
Coordination 3D : Air, Mer et Terre
Le 19 février, l’enjeu principal réside dans la synchronisation des effets. ORION 2026 ne juxtapose pas des moyens : il les intègre dans une manœuvre tridimensionnelle cohérente, où les actions aériennes, navales et terrestres s’enchaînent dans une même logique opérationnelle. Dans un conflit de haute intensité, aucune composante ne peut agir isolément. La maîtrise d’un objectif dépend autant de la protection du ciel que du contrôle de la mer et de la capacité à tenir le terrain. 
Le scénario présenté lors du VIP Day illustre cette logique avec la prise de l’aéroport de Saint-Nazaire, identifié comme point stratégique. La capture d’une telle infrastructure offre un avantage immédiat : disposer d’une plateforme capable d’accueillir rapidement des renforts, du matériel lourd et des moyens aériens, transformant l’aéroport en point d’entrée logistique majeur pour la suite de l’opération. 
La séquence débute par une phase aérienne destinée à neutraliser les défenses adverses. Des Dassault Rafale Cinterviennent pour détruire les systèmes de défense et sécuriser le périmètre autour de l’objectif. Cette phase de suppression des menaces ouvre la voie à l’engagement des forces au sol, en réduisant les risques pour les unités qui vont être projetées.
Une fois cette première étape franchie, les forces terrestres entrent en action. Des commandos sont déployés par voie aérienne à bord d’Airbus A400M Atlas, permettant une insertion rapide sur l’aéroport ou à proximité immédiate. Leur mission est de sécuriser les infrastructures clés, contrôler les accès et préparer l’arrivée de renforts. En parallèle, une insertion aéromobile complète la manœuvre. Des commandos sont héliportés par des NH90 Caïman, sous la protection d’hélicoptères Aérospatiale Gazelle chargés de l’appui rapproché. Cette combinaison permet d’élargir rapidement le périmètre sécurisé autour de l’objectif et d’empêcher toute réaction ennemie immédiate.
Une fois l’aéroport contrôlé, la manœuvre se poursuit par une montée en puissance terrestre. Les moyens lourds sont progressivement acheminés : blindés, véhicules de combat et systèmes de défense sol-air, destinés à protéger l’infrastructure contre une éventuelle contre-attaque. L’objectif est de transformer la zone conquise en tête de pont opérationnelle, capable de soutenir les opérations dans la profondeur. Pendant ce temps, la dimension maritime garantit la sécurité du dispositif dans son ensemble. Les Dassault Rafale M et les avions de guet aérien Northrop Grumman E-2C Hawkeye assurent la surveillance et la maîtrise de l’espace aérien et maritime autour du théâtre d’opérations. Grâce à leurs radars et à leurs capacités de coordination, ils construisent une image tactique partagée et permettent d’anticiper toute menace.
Cette supériorité maritime et aérienne est indispensable pour permettre aux porte-hélicoptères amphibies Mistral (L9013) et Tonnerre (L9014) de se rapprocher du littoral et poursuivre la projection des forces. La flotte assure ainsi la permanence du dispositif, tandis que les capteurs navals, aériens et les drones alimentent en continu l’image tactique utilisée par les états-majors embarqués.
Dans ce type d’opération, chaque milieu dépend des autres. La couverture aérienne protège la projection des troupes ; la maîtrise maritime garantit la liberté de manœuvre des bâtiments ; les forces terrestres donnent un sens à l’ensemble en s’emparant de l’objectif. ORION 2026 démontre ainsi que, face à un adversaire structuré, la victoire ne repose plus sur une armée isolée mais sur la capacité des trois armées à agir comme un système unique.
Une démonstration de crédibilité
Le VIP Day n’était pas une simple présentation. Il a montré la capacité française à conduire simultanément une opération amphibie d’ampleur, une supériorité aérienne embarquée et une intégration interalliée cohérente dans un environnement contesté. Le Chef d’état-major des armées l’a rappelé : « le rôle des armées est de vous protéger, de nous protéger », affirmant que les forces françaises sont prêtes à faire face aux défis actuels. Le message est clair : la préparation à la haute intensité n’est pas théorique.
Ce 19 février, la démonstration est tangible. Projection rapide de centaines d’hommes et de plus d’une centaine de véhicules, défense contre des attaques asymétriques, coordination de chasseurs et d’hélicoptères dans un espace saturé, intégration massive de drones dans la manœuvre globale. Dans un monde stratégique profondément transformé, la crédibilité ne se mesure plus seulement au nombre de plateformes, mais à la capacité d’agir ensemble, vite et avec cohérence. ORION 2026 en apporte l’illustration la plus concrète.​​​​​​​
De l’exercice au déploiement opérationnel
Quelques jours seulement après la fin d’ORION, le Tonnerre a quitté la base navale de Toulon pour rejoindre la Méditerranée orientale dans le contexte de la crise régionale liée à l’Iran. Le bâtiment doit se positionner à proximité de Chypre, aux côtés de la frégate Languedoc, afin de participer à un dispositif français présenté comme strictement défensif. 
Dans cette zone particulièrement tendue, le PHA peut remplir plusieurs missions : soutien médical, évacuation de ressortissants, commandement interarmées ou appui logistique à un dispositif naval plus large. Véritable base militaire flottante, il est capable d’accueillir des centaines de soldats, des hélicoptères et des véhicules tout en servant de plateforme de coordination pour des opérations de gestion de crise. 
Ce déploiement illustre la continuité entre entraînement et engagement réel : les capacités testées lors d’ORION — projection amphibie, coordination interarmées et soutien médical en mer — trouvent immédiatement leur traduction opérationnelle dans une région où la situation stratégique reste extrêmement volatile.
Mes sincères remerciements à l’ensemble des officiers communication de la Marine nationale et de l’Armée de l'Air et de l'Espace, ainsi qu’à la cellule cecia-orion pour l’organisation exemplaire de ces media days, et félicitations à toutes celles et ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à la réussite de la phase 2 d'Orion 2026.
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