ORION 2026
Prêts à agir, déterminés à protéger : ce slogan n’est pas un élément de communication, il est la traduction opérationnelle d’un basculement stratégique de la France. Avec l'exercice Orion 2026, les corps d'armée français ne s’entraînent plus simplement à gérer des crises périphériques, ils se préparent à conduire et à encaisser un conflit de haute intensité en Europe.
La planification a commencé en 2021 puis a été adapté à la dégradation du contexte stratégique de ces dernières années. Selon l'état major, c'est un "rendez-vous majeur de la préparation opérationnelle française à la haute intensité". Le scénario est fictif mais crédible : sur le territoire européen, le pays expansionniste Mercure déstabilise Arnland (son voisin) par des actions hybrides répétées avant de franchir le seuil militaire : la France prend alors la tête d’une coalition.
ORION signifie : Opération de grande envergure pour des armées Résilientes, Interopérables, Orientées vers le combat de haute intensité et Novatrices, mais c’est la phase O2 qui constitue le cœur cinétique de l’exercice. 
Derrière l’acronyme, une réalité : la France s’entraîne à entrer en guerre.

Un scénario fictif mais une hypothèse crédible
Le cadre est imaginaire, mais les mécanismes sont inspirés des standards OTAN et des réalités contemporaines. L'état expansionniste Mercure cherche à déstabiliser son voisin Arnland afin d’empêcher son rapprochement avec l’Union européenne... une situation qui se rapproche fortement du climat européen actuel. Les actions hybrides se multiplient : cyberattaques, manipulation informationnelle, soutien à des milices locales, puis la crise s’intensifie et le seuil militaire est franchi.
Le 6 janvier 2026, à la demande de l’allié menacé, la France prend la tête d’une coalition pour assurer sa défense et préserver l’équilibre européen. Orion 2026 incarne alors une montée en puissance progressive, d'une guerre invisible à l’affrontement de haute intensité. Cet exercice à pour but de recréer l’ensemble des formes du combat moderne : du cyber au blindé en passant par le spatial et le naval dans un enchaînement cohérent.
Une architecture en 4 actes
Orion 2026 est structuré en 4 phases successives chacune correspondant à une étape stratégique d’un engagement majeur.
La première phase O1 est celle de la planification opérative : elle traduit une décision politique en campagne militaire en intégrant tous les milieux et tous les champs de conflictualité. Pendant près d’un an, l’ensemble des armées directions et services coordonnent leurs travaux selon un processus rigoureux, conforme aux standards de l’OTAN. L’objectif est de produire un ordre de coordination interarmées aligné sur les différentes étapes de la manœuvre.
La deuxième phase, O2, marque le basculement dans l’action. C’est la phase de déploiement des troupes en coalition, celle de l’entrée en premier sur le théâtre. Dix mille militaires sont engagés, sept composantes agissent simultanément — Terre, Mer, Air, Forces spéciales, Cyber, Spatial, Logistique — et vingt-et-un jours de terrain libre viennent éprouver la cohérence de l’ensemble.
La troisième phase, O3, élargit la manœuvre au territoire national. Elle simule les effets et les rétroactions d’un engagement majeur en Europe sur l’Hexagone. Douze ministères sont impliqués. Quatre groupes de travail interministériels préparent les scénarios. Une gestion de crise est simulée fin mars, afin d’évaluer la capacité de l’État à soutenir la montée en puissance militaire dans la durée.
La quatrième phase, O4, projette l’ensemble dans un cadre OTAN. Douze mille cinq cents militaires sont engagés, un état-major de niveau corps d’armée prend le commandement, trois divisions multinationales manœuvrent pendant trois semaines dans un scénario d’article 5. L’exercice se conclut par un ENDEX le 30 avril, avant la phase de retour d’expérience.
Orion n’est donc pas une séquence unique. C’est une campagne complète.

Phase O2 : ouvrir le théâtre
Au cœur de l’exercice, la phase O2 concentre l’essentiel de la manœuvre cinétique.
Tout commence par la montée en puissance et la préparation du déploiement. Puis vient le STARTEX, le point de bascule. Les opérations s’enchaînent selon une logique doctrinale précise : conquête de la supériorité aérienne, neutralisation des capacités anti-accès (C-A2AD), frappes dans la profondeur, conquête de la supériorité aéromaritime, opération amphibie pour prise de tête de pont, intensification des opérations au sol, puis opération aéroportée pour consolider et élargir la zone d’action. La phase s’achève par un transfert d’autorité vers l’OTAN.
Ce déroulé n’est pas symbolique. Il reproduit le tempo réel d’une entrée en premier dans un environnement contesté.
Les moyens engagés donnent la mesure de l’ambition : un état-major de niveau corps d’armée, trois brigades interarmes, plus de deux mille cent cinquante véhicules tactiques, quarante hélicoptères, mille deux cents drones de combat et de spécialité côté terrestre ; deux bases navales, un groupe aéronaval, deux porte-hélicoptères amphibies et cinquante aéronefs côté maritime ; dix bases aériennes, cinquante aéronefs, deux drones MALE, six systèmes de défense sol-air et vingt capteurs spatiaux côté aérien et spatial.
Cette masse n’est pas déployée pour impressionner. Elle est déployée pour tester la cohérence.
Multi-domaines et interallié : la nouvelle norme
Orion 2026 est pleinement multi-domaines. Le cyber n’est pas un additif ; il agit en permanence, sous forme de stress opérationnel continu. Les opérations spatiales militaires sont intégrées via l’exercice SparteX 2026, permettant d’articuler les effets spatiaux avec la manœuvre interarmées. Le commandement interarmées est centralisé et coordonné par le Centre expert du commandement interarmées, garant de la cohérence globale de l’exercice.
La dimension multinationale est tout aussi structurante. De nombreux partenaires étrangers participent aux différentes phases, certains au sein de la coalition, d’autres en forces adverses. L’objectif est double : renforcer l’interopérabilité et démontrer la capacité française à commander une coalition crédible.
La France s’entraîne à fédérer, intégrer, coordonner.​​​​​​​
Un exercice au cœur du territoire
Orion 2026 ne se limite pas à des camps militaires. Quinze départements hexagonaux et un territoire ultramarin sont impliqués. Les forces s’entraînent en mer, dans les airs et en terrain libre, au contact des réalités civiles. Cette immersion vise à renforcer la résilience nationale et à éprouver la capacité du pays à soutenir un engagement majeur dans la durée. L’exercice intègre également un volet jeunesse et mobilise les réservistes, affirmant sa dimension sociétale.
Orion 2026 dépasse donc le cadre strictement militaire. Il s’inscrit dans une approche globale de défense collective.
​​​​​​​Ce que révèle Orion 2026, ce n’est pas seulement la capacité à frapper : c’est la capacité à planifier, coordonner, intégrer et durer. Mais également conduire une campagne complète, absorber le choc initial, tenir sous pression cyber et transférer le commandement à l’OTAN sans rupture.
Orion 2026 est une démonstration de crédibilité stratégique.
Une répétition générale à l’échelle nationale.
Une montée en puissance pensée comme une véritable opération.
Un exercice conçu pour tester non pas un outil, mais un système.
La France s’entraîne à entrer en premier, à commander et à protéger durablement ses intérêts et ceux de ses alliés.
Mont-de-Marsan, épicentre de la supériorité aérienne
​​​​​​​Dans le sud-ouest, l’air est plus dense qu’à l’ordinaire. Les départs s’enchaînent, les créneaux s’allongent, les fréquences saturent. Sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, le tempo s’accélère nettement. L’activité aéronautique augmente, de jour comme de nuit, parfois jusque tard en soirée, y compris les week-ends. Ce n’est pas une simple montée en puissance : c’est l’entrée dans la phase 2 d’ORION 2026. 
ORION n’est pas un exercice parmi d’autres. Il constitue le rendez-vous majeur de la préparation opérationnelle française à la haute intensité. Son ambition est claire : préparer les forces armées aux engagements les plus exigeants, dans des environnements complexes et contestés, et démontrer la capacité de la France à entrer en premier sur un théâtre, à prendre la tête d’une coalition, puis à s’intégrer pleinement dans une structure de commandement otanienne 
Dans cette architecture, la BA 118 n’est pas un simple point d’appui. Elle devient le centre de gravité aérien de la phase O2, une concentration inédite de chasseurs sur un seul site. Pendant Orion 2026, Mont-de-Marsan accueille l’ensemble des avions de chasse français et étrangers engagés dans l’exercice. La formule peut sembler administrative ; en réalité, elle traduit une concentration de puissance rarement observée sur une seule plateforme nationale. 
Sur les parkings et dans les hangars se côtoient plusieurs générations et plusieurs doctrines d’emploi : Les Mirage 2000-5 de la 2e escadre de chasse de Luxeuil rejoignent les Mirage 2000D de la 3e escadre de chasse de Nancy.  Les premiers incarnent encore une capacité robuste d’interception et de défense aérienne, tandis que les seconds, modernisés, excellent dans la frappe air-sol, y compris dans la profondeur, en environnement contesté.
Autour d’eux, le cœur du dispositif repose sur le Rafale, décliné dans plusieurs versions. Les Rafale C de la 30e escadre de chasse, basés justement à Mont-de-Marsan, opèrent depuis leur terrain d’origine.  À leurs côtés, les Rafale B de la 4e escadre de chasse de Saint-Dizier apportent la composante biplace, précieuse pour les missions complexes combinant pénétration, guerre électronique et coordination interarmées. Les Rafale C de la 5e escadre de chasse d’Orange complètent le dispositif, augmentant la masse critique nécessaire à la conquête de la supériorité aérienne.
Mais Orion 2026 dépasse le cadre strictement national. Sur le tarmac montois, les Rafale qatariens de la QEAF évoluent aux côtés des Mirage 2000 grecs de la HAF et des Tornado allemands de la Luftwaffe. Cette juxtaposition n’est pas symbolique : elle est doctrinale. Elle permet d’éprouver en conditions réelles l’interopérabilité, les standards OTAN, la compatibilité des procédures, la fusion des chaînes de commandement et la coordination tactique. Mont-de-Marsan devient ainsi une base multinationale temporaire, un laboratoire grandeur nature de la coalition.

La phase O2 : forcer l’accès, ouvrir le ciel
La phase 2 d’ORION correspond à la conquête de la supériorité de zone. Avant toute opération amphibie, aéroportée ou terrestre, il faut ouvrir l’espace aérien : 
Neutraliser les systèmes anti-accès adverses ;
Dégrader les radars ;
Saturer les défenses ;
Assurer la liberté d’action des forces ;

C’est ici que la masse de chasseurs concentrée sur la BA 118 prend tout son sens.
Les Rafale assurent des missions de supériorité aérienne, escortent les appareils de frappe et participent aux opérations de suppression des défenses adverses. Les Mirage 2000D s’inscrivent dans la logique de frappe dans la profondeur, visant les centres de commandement, les dépôts logistiques ou les infrastructures critiques simulées. Les Mirage 2000 grecs et les Tornado allemands introduisent des schémas tactiques différents, obligeant les équipages français à intégrer des partenaires aux méthodes parfois distinctes, mais alignées sur les standards OTAN.
Dans ce contexte, la BA 118 ne se limite pas à générer des sorties. Elle orchestre un cycle complet de planification, de briefing, de débriefing et de réengagement. Les salles opérations tournent en continu. Les mécaniciens travaillent sous pression temporelle. Les contrôleurs et les cellules C2 ajustent les bulles de défense sol-air et les corridors aériens.
L’exercice ne teste pas uniquement la performance des avions ; il éprouve la résilience de la base elle-même.

Une base sous tension, mais sous contrôle
L’augmentation de l’activité aéronautique, perceptible tout au long du mois de février, traduit un changement d’échelle. ORION 2026 ne se déroule pas exclusivement dans des zones isolées : il implique le territoire national, ses infrastructures et sa population. Les vols se succèdent dans un espace aérien partagé, avec une intensité inhabituelle.
Cette réalité opérationnelle est fondamentale. La haute intensité ne se prépare pas uniquement dans des camps d’entraînement lointains. Elle se construit dans la complexité du réel, avec des contraintes civiles, des impératifs de coordination interministérielle et une exigence permanente de sûreté.
À Mont-de-Marsan, cela signifie maintenir la posture permanente de sûreté aérienne tout en générant des missions de coalition. Cela signifie absorber des détachements étrangers, intégrer leurs besoins logistiques, harmoniser les chaînes de commandement et conserver un niveau de sécurité maximal malgré la densité des mouvements : la BA 118 devient ainsi une miniature de théâtre d’opérations.
Si ORION 2026 vise à démontrer la capacité de la France à entrer en premier et à conduire une coalition, la BA 118 en est l’illustration concrète. Elle concentre les vecteurs de combat, accueille les alliés, met en œuvre la supériorité aérienne et sert de point d’appui à l’ensemble de la manœuvre O2.
Dans le ciel landais, les Rafale, Mirage 2000 et Tornado ne volent pas seulement pour l’entraînement. Ils matérialisent une hypothèse stratégique : celle d’un engagement majeur en Europe, nécessitant masse, coordination, endurance et interopérabilité.
La phase 2 d’ORION 2026 n’est pas un exercice de démonstration. C’est une répétition générale.
Dans le vent de l'Atlantique, le Charles de Gaulle en répétition générale
Dans l'Atlantique Nord, le long des cotes bretonnes, le vent atteint parfois 60 nœuds sans compter les rafales flirtant avec les 150 km/h. Dans une "mer 5" avec des creux de 4 mètres et des plafonds qui descendent parfois à moins d'une centaine de pieds, le Charles de Gaulle n’est pas en démonstration : il est intégré à Orion comme cœur d’un dispositif interarmées et interallié pensé pour la guerre de haute intensité.
Ce n’est pas un simple exercice naval, c’est une manœuvre globale visant la maîtrise de l’espace aéromaritime au profit d’une vaste opération amphibie sur la façade atlantique. Le scénario prévoit guerre navale, frappes dans la profondeur, lutte anti-sous-marine, défense aérienne, et actions dans la troisième dimension. Le porte-avions et son escorte y jouent un rôle structurant : conduire la force, protéger la manœuvre et imposer la supériorité aéro maritime.

Le GAN et le GAé dans Orion 2026 : la manœuvre aéromaritime totale
Lorsque le Charles de Gaulle appareille dans le cadre d’Orion 2026, il ne s’agit pas d’une simple projection de puissance navale, mais de la mise en mouvement d’un système de combat complet. Le porte-avions n’est que la partie visible d’un ensemble beaucoup plus vaste : le Groupe Aéronaval.
Autour de lui évoluent des frégates spécialisées dans la lutte anti-sous-marine, chargées de détecter et neutraliser mines et submersibles hostiles. Les frégates de défense aérienne assurent la détection, l’identification et le traitement des menaces aériennes à longue portée. Les FREMM – frégates multi-missions – apportent leur polyvalence, qu’il s’agisse d’anti-sous-marin, de frappe dans la profondeur ou d’escorte rapprochée. Un sous-marin nucléaire d’attaque complète la bulle défensive dans la troisième dimension, invisible mais omniprésente. La frégate marocaine Mohammed VI a été intégrée au dispositif, illustration concrète d’une interopérabilité qui ne se décrète pas. Elle se construit, année après année, au fil d’exercices successifs. Orion est précisément l’un de ces laboratoires de la haute intensité où la doctrine se façonne au contact du réel.
Au cœur de cette architecture se trouve le battle watch. Sous les ordres de l’amiral commandant la force navale, l’état-major embarqué conduit l’ensemble du dispositif. Ici, on ne gère pas seulement les opérations aériennes du groupe aérien embarqué (GAé) ; on coordonne frégates, sous-marins, appuis amphibies et patrouilles maritimes dans une manœuvre globale. Chaque bâtiment autour du porte-avions est en lien permanent. L’effet d’ensemble prime sur l’action isolée. Dans le cadre d’Orion, le GAN s’est retrouvé engagé dans une véritable guerre navale simulée, appuyée par des sous-marins et des avions de patrouille maritime. La coalition a contré et éliminé les frégates adverses dans le scénario, démontrant que la maîtrise de l’espace aéromaritime repose sur la cohérence du système complet. Ce niveau d’intégration exige des années d’entraînement, de standardisation et de confiance mutuelle entre partenaires.
Le GAé en action : défendre, surveiller, frapper
Le soir où nous assistons au briefing, la tension est palpable mais maîtrisée. Le capitaine de frégate Erwan et l’enseigne de vaisseau Matthieu présentent la mission avec la précision d’un métronome. L’objectif est limpide : assurer la surveillance et la défense aérienne du GAN. 2 Rafales Marine sont maintenus en alerte immédiate sur le pont. 2 autres assurent déjà la protection en vol au-dessus de la force. Un E-2C Hawkeye étend sa bulle radar et coordonne la situation tactique. Un vol supplémentaire est dédié à la suppression des défenses ennemies dans le cadre d’Orion. En parallèle, deux Rafale ont temporairement quitté le groupe pour des missions de CAS en Allemagne, démontrant la capacité du GAé à s’inscrire dans un dispositif multinational élargi. 
La menace potentielle est attendue à l’est. Des appareils modernes, crédibles, dotés de capacités avancées. Les Rafale s’appuieront sur leur radar AESA pour détecter loin et discrètement, et sur leurs missiles Meteor et MICA pour tenir l’adversaire à distance. La liaison 16 assure la circulation des données tactiques ; la radio est réduite au strict minimum. Parler, c’est s’exposer. La mission principale reste la défense aérienne de zone : protéger le GAN, escorter des appareils de transport chargés de larguer des parachutistes ou de rejoindre des aérodromes sécurisés, appuyer des commandos au sol pour des missions d’armement, conduire des frappes d’appui rapproché si nécessaire. Le GAé n’est pas cantonné à la supériorité aérienne ; il agit dans toute la profondeur du spectre.
Mais en Atlantique, la variable déterminante reste la plateforme elle-même. Cette nuit-là, les conditions sont particulièrement dégradées : nuit sans lune, vents soutenus, plafonds bas entre le FL100 et le FL150. Les équipages évolueront en jumelles de vision nocturne pour éviter les couches nuageuses. L’état de mer 5 annonce des creux pouvant atteindre quatre mètres. Le pont bougera. Les retours se feront en longue finale. Calage précis au QNH, annonce systématique du carburant restant et de l’intermédiaire éventuel – Cognac, Mont-de-Marsan ou Bordeaux selon la situation. En fin de mission, la fatigue s’installe. L’écoute de l’Officier Appontage devient essentielle. Dans ces conditions, le mouvement de la plateforme change tout : la technique pure ne suffit plus, il faut intégrer le facteur dynamique du navire.
Un pilote de Hawkeye nous confiera le lendemain avoir évolué à 400 pieds de nuit, guidé au radar, avec 35 nœuds de vent, pluie battante et mer 5. « Ça bougeait vraiment », glisse-t-il avec retenue. L’un des jeunes Officiers Appontage est d’ailleurs pilote d’E-2C, rappelant combien les compétences s’entrecroisent au sein du groupe aérien.
Le matin suivant, seuls quatre Rafale sur les douze initialement prévus ont été catapultés pour la mission Orion. Les autres équipages n’étaient pas qualifiés pour une météo aussi exigeante. Le choix est révélateur : dans ce contexte, on engage les plus expérimentés. Orion ne tolère pas l’approximation.
Le regard du "pacha"
Le commandant T. Puga, ancien pilote de Hawkeye, embarqué pour la première fois en 2007, affiche une satisfaction mesurée mais réelle. Plus de vingt-cinq ans de Marine derrière lui, et une conviction affirmée : cette sortie a du sens. Depuis 3 semaines, les catapultes ont fonctionné quotidiennement, y compris avec des vents atteignant 90 km/h. Les conditions atlantiques n’ont rien épargné : mer 6 à 7, visibilité très réduite, épisodes de neige fondue. L’activité aérienne a été ajustée, mais jamais interrompue. « Ça entraîne vraiment à la guerre », résume-t-il.
Il insiste sur le rôle du service météo, capable de dénicher des fenêtres exploitables dans un environnement instable. Il souligne également la valeur stratégique d’Orion : c’est dans ce type d’exercice que se construit la confiance avec les alliés. Les relations avec les Américains restent stables, structurées. Les Danois, moins souvent croisés, ont travaillé étroitement avec le GAN dans leur zone. Certaines FREMM basées à Brest naviguaient pour la première fois aussi près du porte-avions dans un contexte de haute intensité. Son constat est lucide : l’agressivité en mer a changé. Les événements récents en mer Noire et en mer Rouge ont rappelé que la violence navale n’appartient pas au passé. Le GAN doit être prêt.
Dans Orion 2026, le Charles de Gaulle et son groupe aérien n’ont pas seulement participé à un exercice. Ils ont validé un niveau d’intégration et de préparation qui dépasse la démonstration. Dans l’Atlantique, sous mer formée et ciel bas, la haute intensité n’est plus un concept doctrinal. C’est une réalité entraînée, jour après jour.

Le Charles de Gaulle et la vie à bord : un porte-avions, une ville en mouvement
Au sortir d’Orion 2026, il est essentiel de replacer l’échelle humaine derrière les opérations intensives que tu as décrites. Le Charles de Gaulle n’est pas seulement un outil de projection de puissance, c’est une véritable plateforme vivante et autonome en mer, où près de 1 900 marins, aviateurs et spécialistes de toutes spécialités cohabitent pendant plusieurs semaines de déploiement. 
Ces hommes et ces femmes forment une communauté soudée, rythmée par les quarts, les briefings, les appontages, mais aussi par des moments de vie plus banals — repas partagés dans la soute, séances de sport improvisées dans une salle réduite, veillées brèves quand l’exercice et le vent n’ont laissé que quelques heures de repos. La durée d’endurance à bord est impressionnante : l’organisation logistique (provisions, maintenance, soins, sommeil) est calibrée pour 45 jours sans ravitaillement externe, tant le porte-avions est conçu pour maintenir sa cadence opérationnelle en continu. 
L’articulation continuelle entre vie du bord et l'activité opérationnelle est l’une des forces du GAN : chaque Rafale, chaque Hawkeye, chaque technicien au hangar ou spécialiste des systèmes électroniques sait qu’il fait partie d’un tout, où l’exigence de l’exercice Orion ne se dissocie jamais de l’attention portée à la vie humaine à bord.

Après Orion : du Nord Atlantique à la Baltique
La phase 2 d'Orion 2026 vient de se conclure, mais la mission du GAN ne s’arrête pas là. Sans retourner immédiatement au port de Toulon, le groupe aéronaval entame une nouvelle phase stratégique de son déploiement : la mission "Lafayette 26", orientée vers l’Atlantique Nord et la mer Baltique.  Dans ce cadre, le GAN se dirigera vers le Grand Nord pour participer, entre autres, à l’exercice Cold Response 2026, un exercice multinational de défense en milieu froid organisé par la Norvège, qui teste les forces aériennes, terrestres et navales dans un environnement exigeant — neige, vents violents, conditions de navigation complexes. Cette étape n’est pas anodine : elle continue de pousser les équipages au-delà de leurs zones d’opération habituelles et renforce l’interopérabilité avec des partenaires nord-européens dans des conditions tactiques très différentes de celles rencontrées en Atlantique ou en Méditerranée. 
Une escale historique est prévue à Malmö (Suède), marquant un jalon diplomatique fort : c’est la première fois que le porte-avions français y fait escale, illustrant le rôle du GAN comme instrument de politique extérieure autant que militaire.  Au-delà de Cold Response, le GAN sera engagé ou associé à une série d’activités dans le cadre de Lafayette 26 : Steadfast Dart (renforcement de la réaction collective de l’OTAN), Neptune Strike (cohésion multi-domaines) et, dans certains cas, la coordination avec des aéronefs alliés, y compris des Harrier italiens et des appareils du Tactical Leadership Programme (TLP) — preuve que l’intégration interalliée ne se limite pas au partage des procédures, mais que les unités aériennes se mélangent réellement sur les ponts d’envol, dans les hangars et dans la planification tactique.
Ce continuum d’opérations illustre une vérité stratégique : le GAN n’est pas un simple participant à des exercices isolés. Il accompagne et projette de façon continue la capacité de la France et de ses alliés à intervenir sur plusieurs théâtres, sous des latitudes très variées, dans des environnements tactiquement exigeants.

Une ouverture stratégique
Alors que l’exercice Orion 2026 a testé l’intégration du GAN dans une guerre de haute intensité simulée, les phases qui suivent — Cold Response, Steadfast Dart, Neptune Strike, et les interactions avec des formations aériennes alliées — montrent que l’outil aéronaval moderne est conçu pour être souple, scalable et profondément interopérable. Ce n’est plus seulement un groupe de navires projetés depuis Toulon : c’est un vecteur de politique stratégique européenne, capable de passer en quelques jours d’un scénario de guerre simulée en Atlantique à des missions d’entraînement climatiquement extrêmes au-dessus du cercle arctique, et à des démonstrations de solidarité avec des partenaires dans la Baltique.
Pour les centaines d’aviateurs, marins et personnels embarqués, ces semaines immenses forgent non seulement des compétences, mais un tissu de confiance opérationnelle. Dans les yeux de ceux qui ont dû apponter sous pluie, vent et mer formée, ou coordonner un guet aérien avec des Rafales et un Hawkeye au-dessus d’eaux froides, se lit la certitude qu’un porte-avions n’est pas seulement une machine de guerre : c’est un bras de l’action stratégique, un symbole politique de cohésion et une plateforme d’alliances vivantes. 
19 février : le VIP DAY au coeur de la manoeuvre
19 février, façade atlantique du nord ouest de la France : Orion 26 entre dans sa phase visible. Après des semaines de planification, de montée en puissance et d’engagement progressif, la Marine nationale ouvre une fenêtre médiatique sur l’exercice majeur interarmées. Le « VIP Day » n’est pas une démonstration scénarisée ; c’est un instantané d’un dispositif déjà engagé dans une logique de guerre de haute intensité.
Au large, le Charles de Gaulle opère intégré à un ensemble amphibie articulé autour de deux porte-hélicoptères amphibies (PHA), le Mistral et le Tonnerre. L’image est forte : aviation embarquée et force amphibie manœuvrent simultanément, sous une chaîne de commandement unifiée, dans un scénario opposant la coalition à l’adversaire fictif « Mercure ».
Un monde qui a changé
Le vice-amiral Xavier Royer de Véricourt le rappelle aux invités : « Le monde a changé. » L’environnement stratégique s’est durci, les menaces se sont diversifiées, et la haute intensité n’est plus un concept théorique. Orion 26 en est l’illustration concrète.
L’exercice mobilise des partenaires nombreux — Brésil, Australie, Italie, Royaume-Uni, Maroc, Grèce, Espagne — dans un cadre respectant strictement les procédures OTAN. L’interopérabilité n’est pas un slogan : elle conditionne la capacité à conduire une opération multinationale crédible.
Face à la coalition, l’adversaire « Tyran 70 » — incarnation du camp rouge — oppose une force structurée, capable d’actions asymétriques comme conventionnelles. Les réservistes jouent d’ailleurs un rôle offensif en simulant des attaques en embarcations légères (« zozos ») contre un PHA pendant une phase de débarquement amphibie, pendant qu’une frégate assure la protection rapprochée du groupe.

La manoeuvre amphibie : vitesse et masse
Sous la coordination tactique marine assurée notamment par le lieutenant de vaisseau Guillaume, la manœuvre amphibie s’articule autour des deux PHA. L’état-major commande simultanément les capacités du Mistral et du Tonnerre, tout en restant connecté au groupe aéronaval centré sur le Charles de Gaulle. Les PHA et le porte-avions alimentent la coordination tridimensionnelle — mer, air, terre — au profit de l’état-major interarmées situé au plus haut niveau de commandement.
À bord du Mistral, quatre NH90 Caïman Marine et quatre Gazelle sont engagés dans la manœuvre. Le Groupement Commando Amphibie (GCA) est projeté afin de s’emparer de points clés sur la côte, sécuriser des zones d’intérêt et préparer l’arrivée du gros des troupes. Les hélicoptères assurent l’insertion, le soutien logistique et l’appui.
En une seule journée, près de 500 militaires et 120 véhicules sont débarqués en onze heures seulement. Griffon et Jaguar prennent pied à terre, démontrant la capacité à projeter rapidement une force mécanisée complète depuis la mer. Les unités débarquées disposent d’une autonomie logistique de 48 heures, leur permettant de tenir avant la mise en place d’un soutien plus lourd.
Les PHA peuvent embarquer jusqu’à soixante véhicules dans leurs ponts-garages. À bord, environ 650 marins et militaires assurent la conduite de la mission. La capacité hospitalière est dimensionnée pour 64 lits, avec bloc opératoire, scanner installé dans le hangar hélicoptères et possibilité de collecte de sang total, garantissant une prise en charge rapide des blessés en environnement dégradé. Sur le Tonnerre, un Panther est dédié aux missions d’évacuation sanitaire (EVASAN), ajoutant une capacité de réponse immédiate.
Le drone S-100 : l'oeil avancé
Le VIP Day met également en lumière l’intégration croissante des drones. Le S-100 Camcopter, drone de surveillance maritime embarqué, illustre cette évolution. Utilisé pour la détection, l’identification et la désignation laser au profit des hélicoptères, il constitue un multiplicateur de force précieux.
En Atlantique, ce type de drone a récemment contribué à la saisie de 9,6 tonnes de cocaïne, preuve que ces capacités ne sont pas cantonnées à l’entraînement mais s’inscrivent dans une réalité opérationnelle quotidienne.
Orion 26 marque une montée en puissance spectaculaire de l’emploi des drones : près de 200 systèmes sont engagés dans l’exercice, soit trois fois plus qu’il y a quelques années. Surveillance, renseignement, désignation, brouillage ou attaque, la troisième dimension est désormais saturée de vecteurs sans pilote.

Coordination 3D : Mer, Air Terre 
Le défi majeur du 19 février réside dans la synchronisation de toutes ces briques. Les hélicoptères amphibies doivent évoluer sous la bulle de protection aérienne assurée par les Rafale du Charles de Gaulle. Les NH90 manœuvrent pendant que les chasseurs maintiennent une posture de défense aérienne. Les frégates traitent les menaces de surface et sous-marines. Les états-majors embarqués transmettent en permanence la situation tactique vers le niveau stratégique.
Cette coordination tridimensionnelle est rendue possible par l’échange de données en temps réel et par une chaîne de commandement fluide. Le groupe aéronaval et les PHA n’agissent pas en parallèle mais en système intégré.

Une démonstration de crédibilité
Le VIP Day du 19 février n’était pas une vitrine figée. Il a exposé, en conditions réelles, la capacité française à conduire simultanément une opération amphibie d’ampleur, une supériorité aérienne embarquée et une intégration interalliée dans un environnement contesté.
Orion 26 montre que la guerre moderne ne se limite plus à l’affrontement frontal de flottes. Elle combine drones, forces spéciales, projection mécanisée, guerre électronique et coordination multinationale.
Ce jour-là, au large, le message était clair : la France et ses partenaires savent projeter 500 hommes et 120 véhicules en quelques heures, défendre un bâtiment contre des attaques asymétriques, coordonner chasseurs et hélicoptères, et intégrer près de 200 drones dans la manœuvre.
Dans un monde qui a changé, la crédibilité repose sur la capacité à agir ensemble, vite et fort. Orion en est la démonstration.
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