Le MHTC : l’héritier européen des programmes hélicoptères de l’EDA
Lorsqu'on évoque THRACIAN BLADE 2026, impossible de comprendre l'exercice sans revenir à l'organisation qui en constitue la véritable colonne vertébrale : le Multinational Helicopter Training Centre (MHTC).
Derrière ce sigle relativement discret se cache l'une des initiatives de coopération militaire européenne les plus ambitieuses dans le domaine de l'aviation tactique.

Une réponse aux limites de l'interopérabilité européenne
Son histoire remonte aux années 2000, lorsque les opérations en Afghanistan, dans les Balkans ou encore en Afrique mettent en lumière un constat partagé par de nombreuses forces armées européennes : malgré la qualité de leurs équipages, les nations du continent éprouvent encore des difficultés à opérer ensemble dans un environnement multinational complexe.
Les hélicoptères européens sont alors engagés dans des missions de transport tactique, d'assaut aéromobile, d'évacuation sanitaire ou d'appui aux forces spéciales, mais chaque pays applique ses propres procédures, sa propre doctrine et ses propres méthodes de planification. Les capacités existent, mais l'interopérabilité reste limitée.
Afin de combler cette lacune, l'Agence européenne de défense (EDA) lance en 2009 le Helicopter Training Programme (HTP). Son objectif est simple : créer une culture tactique commune permettant aux équipages européens de travailler ensemble efficacement lors des opérations de coalition.
Au fil des années, le programme gagne en ampleur. Plusieurs piliers sont progressivement développés :

- les exercices tactiques BLADE ;
- les formations de guerre électronique ;
- les cours de tactique hélicoptère ;
- les formations destinées aux futurs instructeurs ;
- les cursus de planification des opérations aériennes complexes.

De l'EDA au Multinational Helicopter Training Centre
Le succès du programme est tel qu'il devient rapidement l'une des références européennes en matière d'entraînement hélicoptère multinational.
Après quinze années de fonctionnement sous l'égide de l'EDA, une nouvelle étape est franchie en 2024 avec la création officielle du Multinational Helicopter Training Centre.
Basé à Sintra, au Portugal, le MHTC atteint sa capacité opérationnelle initiale le 1er janvier 2024 et reprend l'intégralité des activités du programme HTP. Plus qu'un simple changement d'appellation, cette évolution marque la volonté des nations participantes de pérenniser et de renforcer un outil devenu indispensable à la préparation opérationnelle européenne.
Aujourd'hui, le centre regroupe quatorze pays membres qui financent et orientent collectivement ses activités. Son organisation permanente reste relativement légère, mais son influence s'étend à l'ensemble du continent grâce à un réseau d'instructeurs, de planificateurs et d'experts tactiques issus des différentes armées participantes.

Une offre de formation couvrant tout le spectre tactique
Le MHTC s'articule autour de plusieurs modules complémentaires.
Le plus visible est sans doute le Helicopter Exercise Programme (HEP), qui comprend les célèbres exercices BLADE. Organisés à tour de rôle dans les différents pays membres, ils permettent à des équipages provenant d'armées très diverses de conduire ensemble des missions tactiques réalistes dans un environnement multinational.
Le centre dispense également un Electronic Warfare Course (EW) destiné à familiariser les équipages avec les menaces modernes. Les stagiaires y étudient les radars, les systèmes infrarouges, les capteurs électro-optiques, les missiles guidés ainsi que les techniques de contre-mesures et de survie dans un environnement contesté.
Autre pilier essentiel : le COMAO Planning Course. Cette formation répond à un besoin devenu critique dans les opérations modernes : savoir planifier et coordonner des missions aériennes complexes associant hélicoptères, avions de combat, moyens de renseignement, transport tactique et forces terrestres. Les participants y apprennent l'ensemble du processus de planification, depuis l'analyse de mission jusqu'au briefing final des équipages.
Le Helicopter Tactics Course (HTC) constitue quant à lui le cœur de la formation tactique. Pendant plusieurs semaines, les équipages travaillent dans un environnement synthétique particulièrement réaliste mêlant cours théoriques, simulateurs et scénarios opérationnels de difficulté croissante. L'accent est mis sur les opérations en environnement hostile, les missions tactiques de basse altitude et la coordination au sein d'une force multinationale.
Au sommet du système se trouve enfin le prestigieux Helicopter Tactics Instructors Course (HTIC). Véritable formation de train the trainer, il vise à former les futurs instructeurs tactiques européens. Long de plusieurs semaines et articulé entre enseignement académique, simulation et vols réels, ce cursus est considéré comme l'une des formations les plus exigeantes du domaine hélicoptère en Europe. Les diplômés deviennent ensuite les référents tactiques de leurs unités respectives.

Bien plus qu'un centre de formation
Mais au-delà des cours et des exercices, la véritable valeur ajoutée du MHTC réside dans sa philosophie.
Chaque activité est conçue autour du concept de crew concept, selon lequel chaque membre d'équipage participe à la préparation, à l'exécution et au débriefing de la mission. L'objectif n'est pas simplement de voler ensemble, mais de développer une compréhension commune des procédures, des contraintes et des capacités de chacun.
Cette recherche permanente d'interopérabilité est particulièrement visible lors des exercices BLADE. Un équipage de Cougar suisse peut ainsi planifier une mission avec des pilotes de Black Hawk slovaques, être escorté par des Kiowa autrichiens, coordonner son action avec des forces spéciales bulgares et recevoir l'appui d'avions de combat d'une autre nation. Ce type de coopération, devenu indispensable dans les opérations modernes, constitue précisément la raison d'être du MHTC.
La devise affichée sur les documents officiels du centre résume parfaitement cette ambition :
Team – Train – Trust
Trois mots qui reflètent l'idée fondatrice du programme : construire la confiance entre partenaires européens en s'entraînant ensemble dans les conditions les plus réalistes possibles.
C'est cette philosophie qui irrigue aujourd'hui l'ensemble des exercices BLADE, et qui a fait de THRACIAN BLADE 2026 bien plus qu'un simple rassemblement d'hélicoptères. C'est l'expression concrète de quinze années de coopération tactique européenne.
De BLADE à THRACIAN BLADE : quinze années de construction de l'interopérabilité européenne
Pour comprendre THRACIAN BLADE 2026, il faut remonter près de vingt ans en arrière, à une époque où les armées européennes découvrent les limites de leur interopérabilité sur les théâtres d'opérations modernes.
Les enseignements des opérations en Afghanistan
Au début des années 2000, les engagements en Afghanistan placent pour la première fois de nombreux détachements d'hélicoptères européens dans un environnement de combat multinational permanent. Qu'ils soient allemands, français, italiens, espagnols ou hongrois, les équipages accomplissent souvent les mêmes missions — transport tactique, évacuation sanitaire, appui aux forces spéciales ou récupération de personnel isolé — mais selon des procédures parfois très différentes.
Les machines sont performantes, les équipages expérimentés, mais les doctrines nationales restent largement héritées de décennies d'emploi autonome. Les méthodes de planification, les procédures radio, l'intégration avec les forces terrestres ou encore la gestion des menaces ne sont pas toujours harmonisées. Dès lors, conduire une mission multinationale exige un important travail d'adaptation qui peut ralentir la prise de décision et réduire l'efficacité opérationnelle.
C'est précisément pour répondre à cette problématique que l'Agence européenne de défense lance le programme BLADEà la fin des années 2000 dans le cadre du Helicopter Training Programme (HTP).

BLADE : apprendre à combattre ensemble
Son ambition est alors novatrice : créer un environnement d'entraînement dans lequel les équipages européens ne viennent pas apprendre à piloter leur hélicoptère, mais à combattre ensemble.
Le concept repose sur un principe simple : rassembler pendant plusieurs semaines des détachements issus de différentes nations afin de leur faire planifier, préparer et exécuter des missions communes selon des procédures standardisées. Les participants apprennent progressivement à employer un langage tactique partagé et à appliquer des TTP (Tactics, Techniques and Procedures) communs.
Très vite, l'exercice dépasse le simple cadre de la coopération entre hélicoptères. Les scénarios intègrent des opérations aériennes composites (COMAO), des menaces sol-air simulées, des environnements de guerre électronique, des contrôleurs aériens avancés, des forces spéciales et des unités terrestres. L'objectif devient de reproduire le plus fidèlement possible les conditions rencontrées lors d'une opération réelle.

Un exercice qui grandit avec ses nations hôtes
Au fil des années, le programme gagne en maturité et en complexité. Chaque édition est organisée selon un principe de rotation entre les nations participantes, permettant aux équipages de découvrir des terrains et des environnements tactiques très différents. Le Portugal, la Hongrie, l'Italie ou encore l'Allemagne accueillent successivement l'exercice, chacun apportant ses propres contraintes géographiques et opérationnelles.
Cette diversité constitue l'une des grandes forces du concept BLADE. Les équipages peuvent ainsi s'entraîner dans des environnements montagneux, au-dessus de zones forestières, dans des vallées encaissées ou sur de vastes plaines, tout en développant leur capacité à intégrer des partenaires étrangers dans leurs missions quotidiennes.
La Bulgarie apparaît progressivement comme une nation particulièrement adaptée à ce type d'entraînement. Située à la charnière entre l'Europe centrale, les Balkans et la mer Noire, elle offre un espace aérien vaste et relativement peu contraint, ainsi qu'une remarquable variété de terrains. Les reliefs des Rhodopes, les plaines de Thrace et les nombreuses zones militaires disponibles permettent de construire des scénarios particulièrement réalistes pour les opérations aéromobiles.

THRACIAN BLADE : une nouvelle étape
Lorsque le calendrier du MHTC désigne officiellement la Bulgarie pour accueillir l'édition 2026, il s'agit d'une étape importante dans l'histoire du programme.
Pour la première fois, le pays devient nation hôte d'un exercice BLADE et donne à l'événement une identité propre : THRACIAN BLADE. Le nom fait directement référence à la Thrace, région historique qui couvre une grande partie du sud de la Bulgarie et dont Plovdiv constitue l'un des principaux centres.
Ce choix n'est pas anodin. Il ancre l'exercice dans son territoire tout en rappelant que les opérations menées durant ces trois semaines s'appuient largement sur les caractéristiques géographiques de cette région.

L'interopérabilité au cœur de la haute intensité
Mais THRACIAN BLADE ne se limite plus aujourd'hui à un simple exercice hélicoptère. Comme l'ont montré les scénarios présentés lors de l'édition 2026, le concept a considérablement évolué. Les hélicoptères de transport et de manœuvre opèrent désormais aux côtés d'avions de chasse, d'appareils d'attaque au sol, de moyens logistiques, de systèmes de défense aérienne, de forces spéciales et de détachements terrestres. L'ensemble est coordonné selon les principes COMAO enseignés par le MHTC.
Cette évolution reflète directement les transformations du contexte stratégique européen. Alors que le retour de la guerre de haute intensité sur le continent remet l'accent sur les opérations interarmées et multinationales, l'objectif de BLADE n'est plus seulement de favoriser les échanges entre partenaires. Il s'agit désormais de garantir qu'en cas de crise, des équipages issus de plusieurs nations puissent être engagés ensemble dès les premières heures d'une opération, en appliquant des procédures communes, éprouvées au fil des exercices et renforcées par une confiance mutuelle construite sur le terrain.
En quinze ans d'existence, le programme BLADE est ainsi devenu bien davantage qu'un exercice. Il constitue aujourd'hui l'un des principaux laboratoires de l'interopérabilité européenne dans le domaine aéromobile, et THRACIAN BLADE 2026 en représente sans doute l'une des expressions les plus abouties.
Graf Ignatievo : la renaissance de la chasse bulgare
Si THRACIAN BLADE 2026 se déroule principalement depuis la 24e base aérienne de Krumovo, impossible de comprendre pleinement l'exercice sans s'intéresser à l'autre grande place forte aérienne de la région : Graf Ignatievo.
Située à une trentaine de kilomètres au nord de Plovdiv, la base constitue depuis plusieurs décennies le centre névralgique de la chasse bulgare. C'est ici que bat le cœur de la défense aérienne du pays, sur un flanc oriental de l'OTAN redevenu particulièrement stratégique depuis le retour de la guerre de haute intensité en Europe.

L'héritage des MiG de la guerre froide
Pour les passionnés d'aviation militaire, Graf Ignatievo est avant tout associée aux silhouettes familières des chasseurs soviétiques qui ont marqué l'histoire de l'armée de l'air bulgare. Pendant près d'un demi-siècle, les MiG-21 puis les MiG-29 ont assuré la mission permanente de police du ciel, protégeant l'espace aérien national malgré les bouleversements géopolitiques qui ont suivi la fin du Pacte de Varsovie.
Les MiG-29, livrés à partir de la fin des années 1980, sont rapidement devenus l'épine dorsale de la chasse bulgare. Conçus pour affronter les appareils occidentaux au-dessus du rideau de fer, les Fulcrum ont traversé la transition post-soviétique, l'adhésion du pays à l'OTAN en 2004 et les nombreuses difficultés budgétaires qui ont marqué les années suivantes. Malgré des ressources limitées et une disponibilité parfois fragile, ils ont permis à la Bulgarie de conserver une capacité de défense aérienne crédible pendant plus de trois décennies.

Le tournant du F-16 Block 70
Mais en 2026, l'heure du changement a sonné : l'arrivée progressive des premiers F-16 Block 70 Fighting Falconconstitue probablement la plus importante transformation de l'aviation bulgare depuis la chute du bloc de l'Est.
Bien plus qu'un remplacement d'appareil, il s'agit d'un changement complet de génération technologique et doctrinale.
Les nouveaux chasseurs apportent des capacités jusque-là inédites au sein de la force aérienne bulgare :
- radar AESA AN/APG-83 ;
- architecture numérique moderne ;
- liaison de données Link 16 ;
- compatibilité complète avec les standards OTAN ;
- capacités avancées de combat air-air et air-sol ;
- intégration dans les réseaux de commandement alliés.

Une base aérienne en pleine transformation
Cette transition implique également une profonde modernisation des infrastructures de Graf Ignatievo. Nouveaux hangars, nouveaux simulateurs, systèmes de maintenance modernisés, formation des pilotes et des mécaniciens : l'ensemble de la base est progressivement transformé pour accueillir cette nouvelle génération d'avions de combat.
Le contraste est d'ailleurs saisissant pour les visiteurs. Sur les parkings de la base, les derniers MiG-29 encore en service côtoient désormais les premiers F-16 bulgares. Peu d'endroits en Europe offrent aujourd'hui une image aussi symbolique de la transition entre deux époques.
D'un côté, le Fulcrum représente l'héritage soviétique dont la Bulgarie est issue ; de l'autre, le Fighting Falcon incarne l'intégration complète du pays au sein de l'écosystème opérationnel occidental.

Une transition soutenue par les alliés de l'OTAN
Cette période charnière explique également le rôle important joué par les alliés de l'OTAN ces dernières années. En attendant la montée en puissance complète de la flotte de F-16, plusieurs nations ont régulièrement contribué à la mission de police du ciel bulgare.
Parmi elles, la Hongrie occupe une place particulière avec le déploiement périodique de ses JAS 39 Gripen, permettant de garantir une permanence opérationnelle tout en accompagnant la transition des forces bulgares.
Graf Ignatievo au cœur du scénario THRACIAN BLADE 2026
L'entrée en scène de la chasse bulgare
Cette transformation n'est pas restée en marge de l'exercice. Au contraire, elle s'est pleinement intégrée dans le scénario présenté lors du Media Day du 17 juin.
Alors que THRACIAN BLADE demeure avant tout un exercice centré sur les opérations aéromobiles, les organisateurs ont souhaité démontrer que les hélicoptères n'évoluent jamais seuls sur un champ de bataille moderne. Leur action s'inscrit dans un dispositif beaucoup plus large associant chasse, appui aérien, renseignement, guerre électronique et forces terrestres.
Le scénario débute ainsi par une mission de Combat Air Patrol (CAP) assurée par une paire de F-16 Block 70 bulgares. Face à eux, deux MiG-29 jouent le rôle de chasseurs ennemis tentant de menacer la zone d'opérations. Après leur interception, l'attention se porte vers les menaces au sol. Des positions de défense aérienne adverses sont détectées dans le secteur de l'objectif, conduisant à l'engagement d'une paire de Su-25 chargée de neutraliser ces systèmes avant l'arrivée des hélicoptères.

Une transition entre deux générations
Cette séquence, relativement courte dans le déroulement de la démonstration, illustre pourtant parfaitement la philosophie du MHTC. Les hélicoptères ne constituent qu'un maillon de la chaîne opérationnelle. Avant qu'une force aéromobile puisse être engagée, il est nécessaire de sécuriser l'espace aérien, d'identifier les menaces et de coordonner l'action de multiples vecteurs.
La présence simultanée des MiG-29, des nouveaux F-16 et des Su-25 bulgares au sein d'un même scénario revêtait également une forte portée symbolique. Elle offrait un instantané unique d'une aviation militaire en pleine mutation, où l'héritage soviétique et les capacités occidentales coexistent encore.
À mesure que les F-16 Block 70 remplaceront les derniers MiG-29, Graf Ignatievo deviendra l'un des symboles les plus visibles de cette transformation, tout comme THRACIAN BLADE s'est imposé comme l'une des vitrines de l'interopérabilité européenne.
HRACIAN BLADE 2026 : l'édition de la maturité
Du 1er au 19 juin 2026, la 24e base aérienne de Krumovo est devenue pendant près de trois semaines le centre de gravité de l'aviation tactique européenne à voilure tournante. Pour la première fois de son histoire, la Bulgarie accueillait un exercice BLADE du MHTC, marquant une étape importante dans l'évolution du programme lancé quinze ans plus tôt sous l'impulsion de l'Agence européenne de défense.

Une participation internationale sans précédent
L'ampleur du dispositif déployé témoigne immédiatement des ambitions de cette édition. Huit nations participantes ont convergé vers la région de Plovdiv : la Bulgarie, l'Autriche, la Hongrie, la Serbie, la Slovaquie, la Suisse, la Slovénie et la Belgique. À celles-ci s'ajoutaient six pays observateurs — Chypre, République tchèque, Grèce, Portugal, Lituanie et Nouvelle-Zélande — venus suivre le déroulement de l'exercice et évaluer les méthodes de travail du MHTC.
Plus de 450 personnels issus des seules composantes aériennes ont pris part à l'entraînement, sans compter les détachements terrestres, les forces spéciales, les unités de défense aérienne et les équipes de soutien bulgares mobilisées pour l'occasion. Au total, près d'un millier de militaires bulgares étaient engagés dans l'exercice, faisant de THRACIAN BLADE 2026 l'un des plus importants événements militaires organisés dans le pays ces dernières années.

Un ordre de bataille à l'image du MHTC
L'ordre de bataille reflète parfaitement la philosophie du MHTC : réunir sous une même structure de commandement des plateformes extrêmement diverses afin de construire une véritable capacité multinationale. Pas moins de vingt-sept aéronefs étaient engagés, représentant vingt-trois systèmes différents.
La Bulgarie fournissait naturellement le contingent le plus important avec deux AS532 Cougar, un Mi-17 et un Bell 206 pour la composante hélicoptère, mais également une composante voilure fixe particulièrement étoffée comprenant deux F-16 Block 70, deux MiG-29, deux Su-25, deux L-39ZA, un C-27J Spartan et un L-410. Rarement un exercice BLADE aura bénéficié d'un tel éventail de moyens aériens nationaux.
À leurs côtés évoluaient deux OH-58 Kiowa et deux AW169 autrichiens, un UH-60 Black Hawk slovaque, trois Cougar suisses, un H145M et un Mi-35 serbes, tandis que la Hongrie apportait une capacité supplémentaire avec deux JAS 39 Gripen et un KC-390 Millennium. La Slovénie contribuait quant à elle au volet guerre électronique de l'exercice, alors que la Belgique déployait des spécialistes de planification de mission et des moyens FalconView destinés à soutenir les cellules de préparation opérationnelle.

Une véritable force multinationale
Mais au-delà des chiffres, c'est surtout le niveau d'intégration recherché qui impressionne. Contrairement à de nombreux exercices où chaque nation opère essentiellement au sein de son propre détachement, THRACIAN BLADE repose sur une logique de force unique.
Les équipages planifient ensemble, volent ensemble et débriefent ensemble, selon les procédures communes développées au fil des années par le MHTC. Un pilote suisse peut ainsi être amené à coordonner sa mission avec un contrôleur autrichien, un équipage slovaque et une équipe de forces spéciales bulgare, exactement comme il pourrait être amené à le faire lors d'une opération réelle.
Cette volonté d'intégration atteint son apogée lors du Distinguished Visitors Day organisé le 17 juin sur l'aérodrome de Tcheshneguirovo. Plus qu'une démonstration statique, le scénario présenté aux autorités militaires et aux médias constitue un véritable condensé de tout ce qui a été travaillé durant les trois semaines d'exercice.

Le scénario du Distinguished Visitors Day
L'action débute par la conquête de la supériorité aérienne. Une patrouille de F-16 Block 70 assure la couverture de la zone d'opérations tandis qu'une paire de MiG-29 joue le rôle d'adversaire. Rapidement, les chasseurs bulgares sont confrontés à une menace sol-air simulée déployée dans le secteur de l'objectif. La réponse est immédiate : une paire de Su-25 intervient pour neutraliser les défenses ennemies tandis que les F-16 poursuivent leur mission de protection de l'espace aérien.
Une fois les frappes réalisées, deux L-39ZA sont engagés dans une mission de Battle Damage Assessment afin de confirmer les effets obtenus contre les positions hostiles. Cette phase de reconnaissance permet de valider la poursuite de l'opération aéromobile qui constitue le cœur du scénario.
La séquence suivante met en avant les capacités logistiques de l'armée de l'air bulgare. Arrivant depuis l'ouest, un C-27J Spartan effectue un largage de trois palettes selon la procédure Container Delivery System (CDS). Évoluant à seulement 250 à 300 mètres d'altitude pour une vitesse d'environ 120 nœuds, l'équipage largue les conteneurs destinés à ravitailler les forces engagées au sol. Chaque palette représente jusqu'à une tonne de matériel, démontrant la capacité du système à soutenir rapidement une force déployée dans une zone difficile d'accès.
Pendant que les équipes au sol sécurisent la zone de largage, la phase aéromobile se met en place. Deux OH-58 Kiowa autrichiens et un Mi-35 serbe prennent position au-dessus du champ de bataille pour assurer les missions de reconnaissance, de surveillance et d'appui-feu simulé. Depuis leurs points d'observation, ils contrôlent les axes d'approche et recherchent toute menace susceptible de compromettre le débarquement des troupes.
Quelques minutes plus tard apparaît la formation principale : six hélicoptères convergent simultanément vers la zone d'assaut. Cougar bulgares et suisses, AW169 autrichiens, UH-60 slovaque ainsi que les appareils serbes transportent plusieurs dizaines de militaires issus du Commandement conjoint des opérations spéciales bulgares, du 101e régiment alpin et de la composante MP-SWAT de la police militaire.
L'objectif est clair : reprendre le contrôle d'un aérodrome tombé aux mains d'une force ennemie. Sous la protection des appareils d'observation et d'appui, les troupes débarquent, sécurisent les bâtiments et établissent progressivement un périmètre défensif autour de l'objectif. Le scénario prévoit ensuite une montée en puissance progressive du dispositif terrestre, illustrant l'intégration étroite entre moyens aériens et forces au sol qui caractérise les opérations modernes.
La démonstration s'achève enfin par une mission d'évacuation sanitaire en environnement hostile. Après la simulation d'un blessé au combat, deux Cougar sont redéployés afin de réaliser une opération de CASEVAC sous protection armée. En quelques minutes, le personnel est récupéré, embarqué et évacué vers une zone sécurisée, concluant ainsi un scénario particulièrement complet.

Un exercice arrivé à maturité
Cette succession d'actions résume parfaitement l'esprit de THRACIAN BLADE 2026. En l'espace de deux heures, les observateurs ont pu assister à une opération combinant chasse, appui aérien, reconnaissance, guerre électronique, transport tactique, logistique aéroportée, assaut aéromobile, opérations spéciales et évacuation médicale. Peu d'exercices européens parviennent aujourd'hui à intégrer autant de capacités différentes dans un scénario unique.
Pour le MHTC comme pour la Bulgarie, cette édition 2026 marque donc bien davantage qu'une simple première organisation nationale. Elle démontre la maturité atteinte par le concept BLADE et la capacité des armées européennes à conduire ensemble des opérations complexes dans un environnement contesté.
À Krumovo, l'objectif n'était pas de montrer ce que chaque nation savait faire individuellement, mais de prouver qu'elles étaient désormais capables d'agir collectivement comme une seule force. C'est précisément cette ambition qui fait aujourd'hui de THRACIAN BLADE l'un des exercices aéromobiles les plus aboutis du continent européen.
Merci à la Bulgarian Air Force et tout particulièrement au Lieutenant Colonel Topurova pour l'invitation et l'organisation de cet évènement.
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